Jeudi 12 juillet

Dour 2012 : Steak Number Eight Dour 2012 : Steak Number Eight Notre grosse révélation de Dour 2008 a grandi : les Steak Number Eight ont désormais le droit de fumer et boire sur scène ! Ils reviennent à Dour pour ouvrir le festival et dès 13h20 ce jeudi, on est sur le plancher du Club Circuit Marquee pour suivre leur prestation. Le public n'a pas encore forcément terminé de monter sa tente et, à part pour faire venir consommer les métalleux sur le site, on se demande pourquoi avoir fait jouer les Flamands si tôt... Eux se moquent de l'horaire et envoient leur post-hardcore avec un membre bonus sur scène : un artiste qui peint en direct des visages torturés et dont le travail est retransmis sur un écran derrière le groupe, les couleurs oscillent entre le rouge et le noir mais l'ambiance n'est pas franchement romantique. Les Belges ont fait des progrès depuis leurs débuts, notamment au chant et c'est donc avec un concert gras et gros que se lance l'édition 2012 de Dour...

La Ruda à Dour (2012) La Ruda à Dour (2012) En traversant le festival de l'entrée à la zone presse, nous passons devant Kaer du groupe belge de hip-hop Starflam. Les racines latines de l'artiste en solo sont très influentes sur l'ensemble qui sied parfaitement à l'ambiance d'un festival même s'il ne s'agit aucunement d'une grande découverte. Du côté de la De Red Bull Elektropedia Balzaal, Murdock fait chapiteau comble pour sa dixième apparition à Dour. Un événement où la drum & bass et les odeurs d'herbe folle prennent toute leur importance. Trop de monde, nous filons voir ceux qui ont annoncé la fin de leur carrière et qui tenaient à passer de bons moments dans différents festivals chaleureux : La Ruda. Les Saumurois donnaient ainsi leur dernier concert belge sur la plaine de la Machine à Feu, le temps d'une éclaircie et avec le soleil sur leurs visages, le gang cuivré a joué quelques-uns de ses tubes et a quelque peu délaissé ses dernières compositions pour que le public garde la patate, même après leur départ.

Un petit détour sur la scène de La Petite Maison Dans La Prairie pour faire connaissance avec les Norvégiens de Casiokids et leur electro-pop synthétique. Si leur nom circule depuis la fin des années 2000, nous n'avons pas vraiment regretté d'avoir loupé l'écoute de leurs trois albums tant leur show était quelconque. A Dour, le choix d'artistes est tel que nous n'hésitons pas à rejoindre la tente bondée qui reçoit peu après La Phaze. Avec beaucoup de son petit dernier Psalms and revolution, la bande à Damny fait jumper tout ce beau monde et n'oublie pas de placer quelques messages "politiques" jusqu'à "L'assaut final", histoire de tremper également les fringues de l'intérieur. Dan San faisait partie des groupes à ne pas manquer pour tous les fans de musique dite "indie folk", les Belges ont su mettre en symbiose des parties vocales en chœurs avec une orchestration à cordes (guitares + violon) sans démériter. Parfait pour faire redescendre peu à peu la pression hautement tenue par La Phaze auparavant.

Dour 2012 : Great Mountain Fire (scène de bain) Dour 2012 : Great Mountain Fire (scène de bain) Beau son granuleux, magnifique tenue de scène (sic), le duo Black Box Revelation emmerde les détails pour se consacrer sur l'essentiel : tempo, riff, solo. De bonnes idées mais qui sonnent parfois un peu creuses sur une Last Arena pas bouleversée par les compères belges. Dommage, car avec un peu de basse en plus et pourquoi pas une guitare rythmique, ça pourrait valoir le détour. Petite déception du côté de Great Mountain Fire qui, sous une grande tente et devant son joli décor, nous touche beaucoup moins que quelques heures auparavant quand ils jouaient unplugged côté "presse" dans une "Scène de bain" étriquée. Leur pop intimiste y résonnait plus vraie et directe que devant des milliers de personnes.

Contrairement aux apparences, la bonne surprise du jour vient de la prestation de Shaka Ponk. Visuel énorme, lightshow exceptionnel, présence scénique hors norme, le combo sait honorer son public et séduit les plus sceptiques avec un concert lumineux, ultra carré et endiablé. Ça pulse, ça chauffe (y compris pour les zicos qui terminent tous torse (quasi) nu), ça danse, ça crie, ça slam. Ce gros travail en amont apporte un grand rayon de soleil sur l'instant.
Shaka Ponk à Dour 2012 Shaka Ponk à Dour 2012 Retour dans un univers plus feutré avec un duo de chez Warp Records : Africa Hitech. Mark Pritchard et Steve Spacek nous ont concocté de l'électro aux variétés sonores les plus aventureuses. Une belle découverte durant laquelle sont apparus les premiers dealers de dope, cancer du festival lorsque la nuit se met à bouillir aux sons des musiques électroniques narcoleptiques (drum & bass et dubstep, au hasard...).

Sur la grande scène et sous une forte pluie, les fringants Franz Ferdinand ont fait parler leur rock entrainant mais relativement passable. Pas vraiment surpris par cela mais assez vite ennuyant, nous nous dirigeons vers le Club Circuit Marquee où se produit Caribou. Le Canadien nous a offert une prestation idoine haute en couleur, tant dans le son (qui déconnait sérieusement au début) que dans les lights. Une fusion électro esthétique matinée de deep-house et de pop psyché. Classe ! Avant de se jeter dans les bras de Morphée, nous sommes passés en mode clubber le temps d'aller apprécier deux gros poids lourds de la drum & bass : Danny Byrd et le pionnier DJ Hype. Deux belles prestations entachées de ces MCs qui devraient sérieusement arrêter de babiller sur le set de leurs potes. Ce ne fut heureusement pas le cas avec le duo électro Nero, dernier concert de la journée sur la Last Arena. Le groupe bankable de MTA Records a très bien utilisé la largeur de la scène pour embraser le public avec un lightshow énorme et un dubstep aux basses foudroyantes. Pas si dégueulasse, comme les formes de leur chanteuse d'ailleurs. En somme, nous retiendrons de ce jeudi, une journée moyenne en terme de découverte où le métal et le rock en général manquait terriblement, la Cannibal Stage, scène réservée principalement à ce style, n'étant pas ouverte.


Vendredi 13 juillet

Sur la Last Arena, la journée débute par le collectif hip-hop américain Doomtree, auteur, entre autres, du célèbre mash-up Wugazi (album contenant des titres inspirés à la fois par Fugazi et Wu Tang Clan, pour ceux qui dorment au fond). La machine à flows s'exécute sans trop de difficulté, le groove est là, l'audience semble comblée, ce vendredi est lancé sur de bonnes bases. Le groove, mais funky cette fois-ci, se poursuit sur le Club Circuit Marquee avec le duo rock déjanté gascon The Inspector Cluzo. Les deux ex-Wolfunkind savent mettre l'ambiance comme personne en alliant explosivité et humour. Pour preuve, on se souviendra des deux courageux badauds qui ont du danser de façon sensuelle sur scène à l'invitation du groupe. Notre curiosité nous a amené à jeter un coup d'œil sur le Klub Des Loosers pour voir si ce groupe (sic) était capable de tenir le live. L'auto-dérision de Fuzati, bien seul sur scène en compagnie de DJ Detect, n'a sensibilisé que les plus initiés. Pour les autres, il n'y avait absolument rien à voir.

HeadCharger à Dour 2012 HeadCharger à Dour 2012 Immanquable en revanche en ce vendredi : Hanni El Khatib. Comme une révélation, sans véritablement être d'une originalité flagrante, le Californien d'origine palestinienne par son père et philippine par sa mère, a diffusé son garage rock sur les planches de La Petite Maison Dans La Prairie. Un vrai bonheur pour les oreilles d'autant plus que l'artiste vivait réellement son truc, apparence comprise.
Sur scène, HeadCharger est devenu une machine. Et si leurs simples riffs et sons n'avaient pas suffis pour capter l'attention de la Cannibal Stage, les Normands se sont permis de reprendre "Communication breakdown" de Led Zeppelin. Ce morceau culte du groupe des seventies marque les esprits à la puissance du combo. Il n'y a pas de doute, les HeadCharger ont encore impressionné en Belgique. Des groupes de HxC, il y en a quelques-uns chaque année sur le festival, certains se font remarquer, d'autres sont noyés dans la masse. Dans quelques jours, on aura peut-être déjà oublié ce nom : Your Demise. On passe.

Le fait d'évoquer le nom de Roots Manuva à Dour pouvait faire frémir tous ceux qui connaissaient l'égérie hip-hop-ragga de Ninja Tunes. Pourtant, l'Anglais n'a pas été à la hauteur des espérances, tout du moins dès les premières chansons, avec un set un peu mollasson qui ne nous a pas vraiment donné envie d'aller plus loin. A tort ?
Against Me! à Dour en 2012 Against Me! à Dour en 2012 Même si on avait lu la nouvelle de la transformation physique de l'ex-chanteur d'Against Me! Tom Gabel en chanteuse dénommée Laura Jane Grace, il nous faut quelques secondes pour percuter et confirmer qu'on ne s'est pas trompé de scène. Si la figure de proue du punk rock d'Against Me! a désormais une (petite) paire de seins, l'énergie n'a pas changé, elle est brute, directe, incendiaire. That's rock n' roll babe ! Architects n'a pas été la meilleure prestation métal de Dour (faut dire qu'il y avait du lourd) mais, objectivement parlant, les Anglais ont plutôt bien défendu leur art. Encore fallait-il y adhérer !

Il y a des noms qui évoquent instantanément l'esprit des années 90, un son particulier, une ambiance, une façon d'envoyer des compos, une attitude face au star system... Parmi ces quelques noms, il y a Dinosaur Jr., ces vétérans sont, vingt ans après, comme des rescapés. Et ils n'ont pas changé grand chose depuis leurs plus belles années : toujours la même décontraction (vas-y que je me réaccorde sans couper mon son !), la même nonchalance quand il faut chanter, le même son granuleux qui écorche quelque peu les esgourdes et toujours le même plaisir d'entendre le trio décocher ses indie-pop songs.
Grand classique en festival, les marionnettes aux flows acérés de Puppetmastaz font toujours un carton. Elles ne sont pas très jolies mais avec un set aussi bien ficelé, comment ne pas rester admiratif du travail de création et d'une réalisation parfaite pour les chanteurs/manipulateurs ? La prestation la plus violente de Dour fut évidente. Napalm Death a plus que bousillé les tympans des plus téméraires festivaliers. Que dire de plus? Trente ans de grindcore à leur actif, ça calme toujours autant !

Ministry à Dour (2012) Ministry à Dour (2012) Ministry s'est reformé (qui avait vraiment cru à leur fin ?) et tourne sans relâche pour promouvoir Relapse avec, pour lancer les hostilités, un "Ghouldiggers" qui permet de découvrir l'écran géant derrière Al Jourgensen et son imposant pied de micro. Arrivé une bière belge à la main, le leader industriel se promène sur scène, harangue la foule (pas si nombreuse finalement) et décoche ses refrains anti-système, anti-militariste, anti-Bush.... Le son a du mal à se mettre en place, les basses bouffant tout l'espace en début de live, mais l'ensemble s'améliore et le final est grandiose, le groupe enchaînant "N.W.O.", "Just one fix" et "Thieves". Après un tel show, il faut bien les quelques minutes que prend Godflesh pour terminer sa balance pour se remettre les oreilles d'aplomb. Le duo n'est en effet pas tout à fait prêt quand les fans d'indus déboulent en masse depuis la Last Arena. Justin Broadrick questionne donc le public ironiquement "Ministry a terminé ?", le temps de tomber la veste, le revoilà sur le devant de la scène armé de sa guitare, son bassiste et son ordinateur à ses côtés. L'air se sature de sons distordus, de samples, de cette batterie électronique qui sert de métronome et on plonge avec le duo au plus profond de leurs titres tortueux et torturés. Difficile d'aligner Godflesh et Battles en même temps, nous nous contentons donc de deux chansons de la bande de John Stanier. Trop peu pour se forger un avis définitif sur leur prestation même si on ressent toujours autant chez eux cette détermination à vouloir casser les barrières musicales.

Chacun sait que Meshuggah la joue technique et rapide, que chacun de ses membres est simplement une grosse brutasse en ce qui concerne la maîtrise de son instrument. Ce que l'on sait moins, c'est que le light show qui va avec tout ça (une sorte de chaos organisé) est géré par un mec qui n'a rien automatisé et appuie sur environ dix boutons à la seconde pour suivre le rythme imposé par ses comparses. Pour le reste, tu te doutes bien qu'un live de Meshuggah, c'est une grosse démonstration de savoir-(bien)-faire, une bonne droite qui met K.O. Pas évident alors pour The Experimental Tropic Blues Band de passer derrière, mais pourtant, dans un tout autre style (rock n' roll sauvage), les Liégois donnent de leur personne pour remuer la foule. Les protégés de Jon Spencer envoient la sauce et s'en sortent bien au vu de l'heure tardive et de l'envahissement des DJ au quatre coins du site. Pour terminer cette journée de vendredi, deux grandes pointures du hip-hop alternatif américain réunies sous le nom de Blackstar font place sur la Last Arena. Mos Def et Talib Kweli nous plongent dans une ambiance beaucoup plus décontractée où se mêlent la poésie et l'art du phrasé. Parfait avant de rallier le campement, qui, à cette heure-ci, doit à peu près ressembler à une marre de boue difficilement praticable (ayons une pensée pour celui qui se lève pour pisser la nuit ou le matin...).


Samedi 14 juillet

Do Or Die : Dour 2012 Do Or Die : Dour 2012 En ce jour de fête nationale française, nous débutons avec un groupe local avec l'accent qui va avec. Il s'agit des Dirty Fingers, combo Hardcore du "Black Land Crew". Les gaillards donnent tout ce qu'ils ont pour faire trembler la Cannibal Stage. Une belle prestation devant beaucoup de "potos" qui rappelle sans étonnement celles de ses confrères. N'oublions pas que la Belgique est une terre de Hardcore.
La suite de notre programme est, pour ainsi dire, différente. Les Sunrockers font dans le reggae, style qui jusque là s'était fait rare. Ces Bruxellois ont gagné le droit de jouer à Dour grâce à un concours dont nous ignorions l'existence. Le groupe ne salit pas la réputation du courant en le mettant à sa sauce grâce à des racines jamaïcaines profondément ancrées.

Nous filons vers La Petite Maison Dans La Prairie pour admirer la prestation magique de Poliça. Magique, car nous sommes véritablement tombés dessus un peu par hasard et qu'il fait partie des traditionnelles découvertes impromptues et géniales de ce festival un peu spécial. Mené par la voix prenante de Channy Leaneagh, elle-même accompagnée de deux batteries (on parle de cold-wave et de dream-pop raffinée, hein!) et un bassiste, la musique de Poliça nous pénétre sans relâche grâce à un format insaisissable. Il parait que Bon Iver et Jay-Z sont dithyrambiques envers Poliça, nous voulons bien les croire après s'être pris cette petite baffe.
Après (Oli)BaliMurphy, la Last Arena accueille un groupe que nous connaissons bien : Les Fils de Teuhpu. La fanfare parisienne a profité de l'apparition du soleil pour nous redonner un peu de baume au cœur. Leur humour, leur fougue, leur côté décalé et festif ont joué beaucoup en ce sens. C'est dingue à quel point ce groupe ne vieillit pas.
François & The Atlas Mountains est ce genre d'artiste qui essaye de se démarquer par une configuration pop tropicale aérienne mais qui au fur et à mesure de l'avancée de son set nous plonge dans le "too much". Dommage !

Nada Surf à Dour Nada Surf à Dour Nous retrouvons Do Or Die. Il ne doit pas rester beaucoup de scènes en Belgique qui ne les ont pas reçu. Et c'est ici durant ce concert "à la maison" que le combo a choisi de tourner les images de son prochain clip ; le public de la Cannibal Stage sort donc son plus beau mosh-pit, circle-pit et un wall of death des familles pour faire honneur à ses petits protégés qui envoient sévèrement.
Encore des adieux... Même époque, même genre de musique festive, après La Ruda, ce sont les Marcel Et Son Orchestre qui quittent les scènes et disent au revoir (en costard) au public de Dour avec un best of live agrémenté de quelques-uns de leurs derniers titres... Le chapiteau est chaud bouillant, notamment sur les plus électriques des tubes comme "Les neurones à crêtes", "Brrr... (au début elle est froide)" (avec son traditionnel bateau gonflable), "Femme mure", "Où sont passées mes pantoufles ?" ou l'hymne ch'ti "62 méfie-te" !

Autre ambiance, autre style, Skarhead déploie sa force NYHC sous la tente de la Cannibal Stage devant un public encore un peu froid, ce qui visiblement agace Lord Ezec, le leader de la troupe, se demandant s'il ne s'était pas planté d'heure pour jouer. Nada Surf, eux, jouent à l'heure parfaite. Leur power-pop nous berce avant d'affronter la suite et leur set va piocher principalement sur leurs trois derniers albums même si le trio de Brooklyn, accompagné de membres de Calexico et Guided By Voices, nous offre quelques tubes dont le tant attendu "Popular".

La Cannibal Stage fait honneur au metalcore allemand ce soir avec ses deux fleurons qui enchaînent (avec le même backline), à savoir Caliban, qui joue en premier et séduit les métalleux avec un énorme son et une énergie communicative, et Heaven Shall Burn qui monte sur les planches avec la même recette et la même fougue en remettant le chapiteau sens dessus-dessous. C'est carré, ultra efficace et le public s'en accommode largement.

Dour 2012 : Caliban Dour 2012 : Caliban Du côté du Club Circuit Marquee, nous apercevons rapidement The Pharcyde, un vieux de la vieille du hip-hop américain accompagné d'un live band et d'un DJ. On en smurferait presque mais comme on est pas vraiment du genre à faire les cons quand on "bosse", on se jette du côté de la Last Arena où le folkeux Bon Iver nous permet une petite respiration. Le bonhomme se cacherait presque derrière son décor, pas forcément à l'aise, la scène est trop grande pour lui et ses collègues. Ces ambiances intimistes auraient mérité une tente pleine à craquer. La rançon de la gloire est un prix cher à payer. Kurt Vile & The Violators font une nouvelle fois partie de ces excellentes formations inattendues du festival. Une vraie bouffée d'air frais, ce songwriter à l'origine de The War On Drugs, groupe également programmé à Dour cette année, a montré tous ses talents de composition en compagnie de ses musiciens. Quelque part entre blues, psyché, indie-rock et americana, le natif de Philadelphie a enchanté la scène de La Petite Maison Dans La Prairie, que cela soit en groupe ou en solo. Chapeaux bas !
Le nu-jazz, sympathique à souhait, de Parov Stelar Band nous a permis de nous dandiner sous le chapiteau bondé de la Dance Hall en attendant la suite qui allait être beaucoup plus coriace.

2006, 2007, 2008, après avoir réussi un hat trick, les Punish Yourself avaient connu trois années sans Dour ! Et Dour s'était langui de Punish Yourself. Sans pour autant oublier combien les Toulousains étaient des fluo furieux qui assurent le show de A à Z (danseuse sexy, danseur au ruban, étincelles). On a le droit à toute la panoplie "habituelle" et en bonus à un demi strip-tease d'une demoiselle du public et surtout à un titre inédit à base de "zombies" ! Gageons qu'il ne faudra pas attendre trois nouvelles années avant de les revoir. Nous finissons la journée avec un autre illustre groupe de la scène hip-hop US que sont les Dilated Peoples qui méritaient peut-être une scène moins grandiloquente que la Last Arena pour que ce soit parfait. Dodo time !


Dimanche 15 juillet

Red Fang à Dour 2012 Red Fang à Dour 2012 En ce dimanche, nous attaquons (déjà !) cette dernière journée sous la tente de la Cannibal Stage avec les Néerlandais de Textures, spécialisés en métal technique. Effectivement précis dans l'exécution, le combo n'a que 30 minutes pour faire ses preuves. Haut la main ! En ce jour, c'est sludge crasseux et post-hardcore au menu de la Petite Maison dans la Prairie, juste à l'opposé de la Cannibal Stage où jouent d'autres combos métalliques, nous aurons donc le plaisir de traverser plusieurs fois le site du festival sous la pluie et dans la boue profonde. Mais à chaque fois, ça vaudra le coup parce que si Red Fang commence à obtenir une petite notoriété sur le vieux continent, ce n'est pas pour rien. Son abrasif, grosse énergie, rythmes bien balancés, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Encore du bon sludge avec Ufomammut. Là, c'est plus délié et la lenteur de certains riffs n'a d'égal que leur lourdeur, collante et gluante comme la boue, la musique des Italiens sied à l'ambiance même s'ils ne sont certainement pas accoutumés à cette météo.

C'est en habitué des lieux que Lofofora déboule et attaque son set au taquet, taquinant un peu les festivaliers claqués qui survivent à leur quatrième jour de concerts et de pataugeage intensif en milieu aquatico-merdeux. Monstre ordinaire a les honneurs de la set list même si la bande de Reuno nous sert tout de même quelques brûlots d'albums plus anciens. Le ciel est gris et ça ne dérange pas AmenRa qui, tout de noir vêtu, vient poser ses sombres attaques post-hardcore dans nos oreilles. Comme à leur habitude, le groupe est à l'unisson quand il envoie des coups de boule, son leader, dos au public, hurle son chant de rage, s'agite, vit intensément le live, sue, enlève son sweat et termine par arracher son T-Shirt... Même quand on déjà vu les Belges en concert, ça reste très impressionnant.

Dour 2012 : Crowbar Dour 2012 : Crowbar Parmi les grandes références du jeu lourd, Crowbar a une belle place sur l'affiche du festival également. Depuis plus de vingt ans, ils trainent leurs accords lancinants ou tranchants à travers le monde et nous les déposent ce soir dans les oreilles. Nous avons beau être exténués, que c'est bon de se faire labourer le crâne par de telles ambiances ! Non, nous ne sommes jamais rassasiés. Le premier concert de la journée sur la Last Arena pour nous est aux antipodes des premiers car il s'agit de l'Ivoirien Tiken Jah Fakoly et de son reggae aux messages engagés. Bien que souvent monotone, la musique du frère spirituel d'Alpha Blondy reste tout de même reconnaissable à la première note et n'est pas en reste lorsqu'il s'agit de faire danser les foules. Le public de Dour a répondu à l'appel de l'African revolution.

Au même moment et pas très loin, dans le chapiteau du Magic Sound System, Assassin a fait réviser ses "classiques" aux festivaliers par le biais de son leader Rockin' Squat. Affuté et toujours plein d'énergie, l'enfant de la balle est toujours rattrapé par ses "bla-bla" intempestifs qui nuisent à la qualité de ses lives. Nous, on préfère largement quand les gars de Suicide Silence parlent car quand ils le font, ils provoquent toujours une réaction des festivaliers qui a des conséquences, que ce soit dans la fosse ou sur scène. Pour preuve, le dernier morceau s'est effectué avec la montée du public sur les planches portant le chanteur alors en pleine action. Un bordel sans encombre pour un des shows métal les plus impressionnants de ce festival. Pour nous remettre de nos émotions, quoi de mieux que d'aller à la rencontre du plus vieux groupe de cette édition, j'ai nommé The Skatalites. Les précurseurs du ska ont fait le job en mettant toute la Dance Hall (et même en dehors !) en mouvement. Respect !

Baroness à Dour 2012 Baroness à Dour 2012 Grandiose ! Qualité de son exceptionnelle, jeu de scène et jeu collectif énorme de facilité, en plus de leurs compositions excellentes, les Baroness communiquent leur joie de vivre et de faire de la musique. Assister à un de leur show est tout simplement un régal, même si leur nouvel album semble décevant pour certains d'entre vous qui liront ces lignes. C'est un grand nom du rock indé qui investit la Last Arena.
The Flaming Lips en aura mis plein la vue aux festivaliers avec déguisements et confettis synonymes de grand n'importe quoi parfois, mais au final nous laisse un peu perplexe sur le fond. Un tube coincé entre des morceaux (très) moyens, face à ces atermoiements. Il n'en faudra pas moins pour allez (re)saluer les Suicidal Tendencies sous la Cannibal Stage à l'autre bout du site. A chaque fois, la bande de Mike Muir nous régale. Bien que leur show ne fasse pas dans l'originalité (c'est toujours un peu la même chose au final), les Californiens envoient sans concession leur punk hardcore teinté de heavy metal en pleine face pour notre plus grand bonheur. C'est toujours un grand plaisir de les revoir et de contempler la technique toujours impressionnante des musiciens (dont celle d'Eric Moore, leur imposant batteur). Le spectacle prend fin de la même manière que Suicide Silence : tout le monde sur scène, une image qui restera comme le bouquet final musical de cette édition 2012.

Si, musicalement, ce cru 2012 du festival de Dour a été dans sa globalité une réussite (mais tout est discutable), nous pointerons du doigt les désagréments occasionnés par la météo et les conséquences qui, à l'heure où nous écrivons cet article, ne sont pas sans suite. Pour notre part, un fenec a mis trois heures à sortir du parking où seulement deux dépanneuses pointaient le bout de leur nez. Dans l'incapacité de faire avancer la voiture embourbée, nous voudrions saluer ces inconnus aux âmes charitables qui nous ont naturellement aidés à sortir notre véhicule, qui, lui, en a un pris un sérieux coup sur la gueule (antenne cassée, encrassage du moteur, couches de boues épaisses sous la carcasse et j'en passe) et nous a engendré des frais imprévus en sus. A cela, si vous ajoutez les risques continuels de chutes dus à l'état du sol glissant (nous avons vu des handicapés en chaise roulante se faire trainer difficilement sur le site !), il aurait presque fallu souscrire une assurance santé supplémentaire spécialement pour le festival puisque l'organisateur n'a pas daigné anticiper ou souhaité mettre les moyens nécessaires à la protection de ses festivaliers (la paille et les pompes n'ont servi à rien !).
D'autres festivals de cette ampleur prévoient ce genre de choses, pourquoi pas Dour? Espérons qu'à l'avenir, ce genre de problèmes soient atténués efficacement et que les réactions reçues volent plus haut qu'un sempiternel "Ça fait parti des imprévus d'un festival !".