Alice in Chains (Main Square 2014) Alice in Chains (Main Square 2014) J'avoue, ma motivation de voir Ghost B.C en live était plus que moyenne. Ne trouvant aucun intérêt au combo sans les voir, je n'étais pas sûr que de les découvrir sur scène dans des accoutrements grand guignolesques allait arranger les choses, mais par respect pour Gui de Champi, je me disais qu'il fallait que je vois ça avant de sortir des vannes. Un peu comme pour Slipknot. Mais voilà, les travaux sur l'autoroute et la circulation (rendue impossible) en arrivant à Arras ont eu raison de mon timing et je suis arrivé un peu trop tard pour découvrir le groupe qui a fait option latin au collège (à moins que là aussi, ce soit encore un coup marketing ou un effet de style ?). Un festival urbain, c'est superbe (quel cadre !), mais quelle plaie pour y accéder un jour d'affluence... qui plus est en semaine. Et pour ne rien arranger, il n'y a pas de "parking presse" et suivre le "parking VIP" s'est révélée être une très mauvaise idée. Bref, je n'ai pas vu Ghost B.C sur scène et ne pourrait donc pas légitimement écrire ici que ce combo fait plus pour les boutiques de farces, attrapes et déguisements que pour les disquaires. Je note au passage que les organisateurs n'avaient peut-être pas prévus qu'autant de festivaliers arriveraient si tôt, comprendre dés l'ouverture des portes, car le temps de passer les contrôles et les barrières, certains sont eux aussi arrivés après ce premier concert.

Sous et face à un soleil de plomb, c'est Mastodon qui ouvre donc ma soirée et va livrer un set où presque tous leurs albums auront leur (petit) mot à dire. Presque car on n'aura pas le droit à un "March of the fire ants" ou n'importe quel autre titre de Remission. Le groupe qui s'est plutôt assagi ces dernières années ne joue plus que deux "très vieux" morceaux ("Megalodon" et le final "Aqua dementia") et forcément, ça me chamboule un peu. En effet, la seule fois où j'avais pris ma claque Mastodon, c'était sur la tournée Leviathan en 2005 et en plus du spectacle donné par ces grands techniciens, les compos étaient en béton armé. Dix ans plus tard (ou presque), ceux à qui on promettait un brillant avenir sont quelque peu rentrés dans le rang et sans pour autant faire de la pop, ne déchaînent pas autant le public, celui d'Arras attendra d'ailleurs la toute fin de leur prestation pour faire bouger la poussière. Du nouvel opus Once more 'round the sun, on a entendu trois plages ("The motherload", "Chimes at midnight" et "High road"), c'est bon mais quitte à passer pour un vieux (con) "c'était mieux avant". Les mecs n'ont pourtant rien perdu de leur technique et sont d'une facilité déconcertante, toujours souriants et assez peu bavards (on aura tout de même un "Merci beaucoup" en français dans le texte). On peut aussi mettre cette frustration sur le fait que passer une heure dans les bouchons avant un concert n'est pas la meilleure des préparations mentales et sur l'autre fait qu'arrive après eux Alice In Chains.

Quand Alice In Chains se révèle avec Facelift, j'ai 13 ans, je suis un jeune rebelle (mais pas trop) et j'écoute les groupes qui débutent à l'époque, ceux qui seront bientôt regroupés sous l'appellation "grunge". En ce temps-là, "Man in the box", "Bleed the freak", "Love, hate, love" sont encore estampillés "métal", Nirvana n'a pas encore déclenché l'hystérie et c'est Layne Staley et Chris Cornell (Soundgarden) qui ont placé Seattle sur la carte du rock. Depuis donc prés de 25 ans, je suis leurs aventures de près et partagent les bons comme les mauvais moments... sans jamais les avoir vus en live jusqu'à ce jeudi 3 juillet 2014. Dés les premiers riffs de "Them bones", mes poils se hérissent, je sais déjà que l'heure qui va suivre sera un grand moment. Passons donc tout de suite les considérations techniques : le son est d'une clarté et d'une propreté phénoménale, bien moins "fort" que celui des autres groupes, il est bien plus précis et on profite de chaque note et chaque mot des chanteurs, notamment William Duvall aussi à l'aise sur une grande scène qu'en studio, ce mec a un don et c'est un pur bonheur de l'entendre, jouer la carte "dans la veine de Layne" était la bonne idée, surtout quand son successeur soutient la comparaison avec autant de classe. "Dam that river" et je me prends à rêver que le groupe enquille tout Dirt mais non, ce n'est que pour ouvrir (et fermer) le concert que cet album clef est représenté. Le membre du Big Four de Seattle est en mode "festival" et a adapté sa set list pour faire plaisir au plus grand nombre, durant l'heure, seuls deux morceaux du petit dernier The Devil put dinosaurs here seront joués ("Hollow" et "Stone") et uniquement le hit "Check my brain" de Black gives way to blue. Pour le reste, c'est retour vers le futur et enchaînements de frissons me parcourant l'échine, les souvenirs remontant brouiller le cerveau et embuer quelque peu mes yeux à l'entame de "No excuses" et sa cultissime intro de batterie. Le poids des années n'a eu aucune prise sur les morceaux issus de Facelift ("Man in the Box", "We die young" et "It ain't like that") et alors que je suis en mode "petit nuage", le combo envoie un des riffs les plus emblématiques des 90's, celui de "Would?" évidemment. Excellent chanteur, très bon guitariste, DuVall connaît aussi pas mal de mots de français et remercient chaleureusement le public. "Rooster", Jerry Cantrell, Mike Inez, Sean Kinney et William donnent là un dernier tour de piste, tout en décontraction, visiblement heureux d'avoir passé ce moment avec nous, une fois le son coupé, ils sont d'ailleurs encore sur scène à distribuer baguettes et médiators... Soixantes minutes, c'est très court et il n'y avait pas de place pour "Down in a hole", "Love hate love", "Angry chair", "Heaven beside you", "Nutshell"... mais quel pied quand même.

Alice in Chains (Main Square 2014) Alice in Chains (Main Square 2014) Alors que DuVall était sur scène, côté presse, c'est Ricard qui régalait, ainsi que tous les partenaires du festival pas forcément habitués au gros son, ce week-end, les stars sont en effet Detroit, M, London Grammar, Rodrigo Y Gabriela, David Guetta, Keziah Jones, Girls in Hawaii, Stromae, Franz Ferdinand ou Triggerfinger. Mais ce soir, le titre du dernier album d'Alice In Chains prend du sens : The Devil put dinosaurs here, un dinosaure au moins, car Iron Maiden a bientôt 40 ans, un âge que peu de groupes peuvent espérer avoir un jour. Pour être honnête, je ne suis pas fan du tout de heavy, j'ai certes écouté de nombreuses fois l'album Fear of the dark au début des années 90 mais avec la connaissance du tube "The number of the Beast", c'est à peu près tout de ma relation avec les Anglais... Bossant le lendemain matin et me levant vers 6h, j'avais prévu de la jouer "papi" et de tracer la route après quelques minutes... Raté. L'imposant décor bleu Antarctique reprenant les artworks de Seventh son of a seventh son (album de 1988 à l'honneur sur cette tournée) permet de comprendre que ce sera un spectacle et non pas seulement un concert... Disposés sur trois niveaux (le trio de gratteux et le bassiste sur le devant de la scène, le batteur surélevé et le chanteur sur des "couloirs" encore au-dessus), le groupe enchaîne les succés et fait défiler les backdrops derrière lui, les spectateurs qui attendaient ça depuis la fin de l'après-midi répondent présents, hurlent leur joie sur les intros et accompagnent les refrains. Iron Maiden joue en terrain conquis mais Bruce Dickinson n'hésite pas à en rajouter une couche dans un assez bon français, il demande qui était au Hellfest puis ironise "ici, on est les gentils, il y a une belle église, là-bas, c'est l'enfer", il déconne aussi sur "notre" surnom, les "froggies" précisant qu'il lui est impossible de manger une grenouille en entier... avant d'encourager l'équipe qui jouera un quart de finale de mondial le lendemain avec un "Allez les bleus !" Si tu es fan d'Iron Maiden (ou que tu as lu la review du Hellfest), je ne t'apprends rien et tu sais aussi que "The number of the Beast" est joué en milieu de set, qu'il y a du solo à foison et quelques flammes pour agrémenter le show qui défile à vitesse grand V et nous embarque sans que je ne trouve à redire, même quand Bruce déboule en soldat agitant l'Union Jack... Ils sont forts ces petits vieux !