HyperDump - Rational pain On fait régulièrement cette remarque mais il est bon de la refaire pour Rational pain : il existe d'excellents ingés sons en France ! Aller à New York n'est pas obligatoire quand on veut un gros son à la fois propre et percutant, on peut très bien rester en Picardie (ou en Vendée, dans les Landes...) et prendre le temps de bosser avec des gens capables pour sortir un album à la production impeccable. Ici, bravo à Greg et au Nowhere Record Studio. Un bel artwork et une grosse prod' ne sont pas pour autant automatiquement synonymes d'excellent album... Même si pour le cas présent, Hyperdump a tout verrouillé et ne présente que des compositions travaillées, réfléchies et donc très abouties...
Certaines sont mêmes dans leur répertoire depuis plusieurs années ("Pig song" ou "Loser", ce dernier s'amalgamant moins aisément au reste) et ont eu largement le temps de mûrir et d'être peaufinées. Parce que si le combo sait envoyer un métal saignant en pleine face (les riffs et rythmes cliniques (on cite Meshuggah ou pas ?) de "Waves of nothingness", le poids et la virulence des solos de "Hatred" (on cite Gojira ou pas ?)) il joue surtout sur les nuances, les effets, les ruptures et les mélodies pour se faire remarquer et marquer des points auprès de nos cerveaux. C'est cet assemblage, ce travail d'orfèvre et la voix de Julien qui peuvent faire penser aux vieux Strapping Young Lad/Faith No More et par extension dans l'attitude à Super Fudge Chunk (pour le chant clair dans la lignée de celui de Mike Patton) ou à Filter (l'énorme boulot sur les rythmes, les petits samples, les minis bidouillages et bien entendu les mélodies...). Très ouvert et résolument de son temps, le métal d'Hyperdump peut puiser des influences partout et les assimiler avec facilité, selon les connaissances et les attirances de chacun, on peut jouer à chercher d'où peuvent provenir certains passages et en arriver à trouver des ressemblances entre "Working men" et le cultissime "Give it away" des Red Hot Chili Peppers. Le passé (qui a dit "le passif" ?) heavy des Picards se ressent à quelques moments quand les guitares s'envolent seules ("Urizen") mais c'est très bien intégré et le chant est tellement bon qu'il nivèle le tout vers le haut.
Quand dans le futur on nous demandera à quoi ressembler le métal en 2012, on pourra faire écouter Rational pain sans rougir ! Aujourd'hui, si on nous pose la question "c'est quoi le métal français en 2012", on serait bien inspiré de faire écouter une rasade d'Hyperdump.