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Biographie > Les diagonales des fous

Meshuggah Promo Avec Cult of Luna (+ son side-project Khoma) et Refused, Meshuggah est donc la troisième et dernière pointe métallique de l'hallucinant trident musical dont le berceau est Umeå, celle cité suédoise de même pas 80,000 âmes ayant pourtant donné naissance à trois formations majeures des scènes rock et metal (et dérivés) du dernier quart de siècle. Formé en 1987, le groupe qui tient ce nom d'un mot hébreu signifiant "fou", livre son premier EP deux ans plus tard avec Psykisk testbild et se pose alors déjà en véritable pionnier de la scène "metal" de part un style unique, certes encore balbutiant, mais qui va révolutionner le genre quelques années plus tard.

En 1991, les suédois rejoignent les rangs du label Nuclear Blast qu'ils ne quitteront plus et sortent Contradictions collapse, imposant alors les prémices de cette griffe musicale atypique, et une vision résolument novatrice du metal, qui les verra manier à merveille metal extrême/thrash/mathcore/prog/jazz-fusion' et ce que l'on appellera bien plus tard "Djent", ce dans un esprit de chaos polyrythmique déstructuré et pourtant d'une maîtrise formelle affolante qui va en faire les véritables mamamushis de leur catégorie. Notamment lorsque paraît Destroy erase improve en 1994. Imposant sa marque comme personne, Meshuggah acquiert un statut de quasi "culte" qu'il ne quittera plus, malgré un enchaînement de contre-temps et accidents/pépins physiques qui mettront le groupe à l'arrêt pendant quelques temps, avant que celui-ci ne revienne encore plus fort avec l'EP True human design puis surtout l'album Chaosphere (1998).

Les disques se suivent, s'enchaînent, formant un tout d'une extrême cohésion artistique et le groupe se remet continuellement en question, ne serait-ce qu'en s'imposant des défis un peu hors-norme, comme celui de sortir I suite à l'album Nothing (2002). L'idée est de proposer un EP-conceptuel en forme d'exercice de style, une performance studio impossible à reproduire en live du fait de son extrême complexité. Le paroxysme de ce qu'est Meshuggah depuis des années. Car les scandinaves n'aiment définitivement pas la facilité et continue de le démontrer encore et encore avec Catch 33 (2005), puis en proposant une réédition largement retravaillée de Nothing l'année suivante. En 2008, Meshuggah poursuit ses expérimentations techniques de pointe et défis créatifs avec ObZen avant de mettre quasiment quatre ans pour enchaîner sur Koloss.

Meshuggah / Chronique LP > Koloss

Meshuggah - Koloss A l'heure de choisir un nom pour leur septième album (en vingt-trois années de carrière), les suédois de Meshuggah ont opté pour l'évidence, du genre qui caractériserait le groupe en un seul mot. On dira que ça compense au moins un choix graphique pas franchement heureux question artwork. Mais en même temps, le groupe n'est pas spécialement réputé pour son look visuel mais plutôt pour autre chose. Que l'on ne décrit plus vraiment à l'heure qu'il est et que l'on prend plutôt directement dans les écoutilles. Du très gros son matérialisé par une production en béton armé et des compositions à la technicité de pointe. Limite révolutionnaire. Normal.

On ne va pas se cacher, rayon prod', ce Koloss est absolument titanesque. Et là encore, le mot est faible. Les titres s'enchaînent sans coup férir, le groupe soumet l'auditeur à un feu nourri et d'"I am Colossus" à "Do not look down" en passant par "The demon's name is surveillance", l'entreprise de démolition suédoise fait de jolis dégâts dans la tuyauterie. Techniquement implacable, irréprochable d'un strict point de vue créatif, Meshuggah est plus en forme que jamais, quasiment au sommet de son art et conçoit des compos maîtrisant toujours aussi brillamment l'art de la polyrythmie tout en se réservant quelques moments de joyeux concassage ès riffs bien saignants, dopés par un groove absolument monstrueux ("Marrow").

Lourds, puissants, sauvages ("Behind the sun"), les Suédois dévorent goulument la platine CD avec un "The hurt that finds you first" castrateur et libèrent des torrents discontinus de riffs véritablement déments. Un déluge de mitraille et de décibels consciencieusement pulvérisés dans les enceintes, les vikings ont encore faim et lâchent alors "Break those bones whose sinews gave it motion" dans les conduits : un modèle de virtuosité technique et de puissance déflagratrice dans la plus pure tradition de ce que les natifs d'Umeå, leur ville natale, savent propulser dans les enceintes depuis plus de deux décennies ("Swarm", "Demiurge"). Tout en hargne brute et maîtrise asphyxiante histoire de faire de ce Koloss là une machine de guerre sans concession ni demi-mesure qui trouve son épilogue tout en douceur avec "The last vigil".

Les dieux sont de retour. Kolossal.