metal Métal > Uneven Structure

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Né en 2008 du côté de Metz et sur les cendres du groupe Longchat, Uneven Structure est un sextet pratiquant un mélange de Djent, de post-metal et de prog influencé par les Meshuggah et autres Textures. Un an après la naissance du groupe, les français livrent un premier EP, sobrement baptisé 8 qu'ils mettent en téléchargement libre, histoire de se faire connaître au maximum. Ce qui fonctionne plutôt bien puisqu'alors qu'ils mettent la touche finale à leur premier album long-format, ils se retrouvent à signer avec le label anglais Basick Records (Aliases, Visions...) par le biais duquel sort le double album Februus à l'automne 2011.

Interview : Uneven Structure, Uneven Structure

Uneven Structure / Chronique LP > 8 [Réédition]

Uneven Structure - 8 Djent... Le terme est galvaudé, utilisé à toutes les sauces notamment chez certains labels pour écouler des brouettes de disques qui n'en valent pas vraiment la peine (on ne citera pas de noms ici pour cette fois). Et puis il y a les excellents représentants du genre, dont certains que l'on trouve du côté de l'écurie anglaise Basick Records, mais qui n'y étaient pas forcément à leurs débuts. Même des frenchies, puisque l'on parle ici d'Uneven Structure qui avait sorti en 2009 un premier EP intitulé 8 (que l'on avait loupé => parfois ça nous arrive oui...), avant de livrer un excellent double-album (Februus) dont nous avions plus abondamment parlé dans nos pages. Lorsque l'annonce d'une version retravaillée de 8 fut faite, fatalement, impossible de rater cela une deuxième fois (oui, une OK mais pas deux quand même).

Nouvel enregistrement, nouveau visuel, packaging et apparemment tracklisting (on n'est pas allé jouer au jeu des 7 différences entre la version originelle et celle-ci), on peut d'ores et déjà dire que dès le "Dianoia" inaugural, on cause Djent-metal/progressif qui assure. Techniquement comme artistiquement. L'écriture est déjà d'une finesse étonnante, le son, irréprochable (en même temps l'inverse eut été bien problématique) mais surtout la cohérence artistique de l'ensemble se révèle imparable ("Egocentric focus", "Higher quiddity"). Une puissance presque "aérienne", une force de frappe pourtant régulièrement déflagratrice et quelques poussées de fièvre ravageuse, Uneven Structure développe quelques épisodes Djentcore de premier choix avec un son d'une clarté absolue qui laisse autant la part belle à des arrangements plutôt inspirés et des moments de mélodies comme de rage brute parfaitement équilibrés. Ou comment éviter du même coup le clonage avec l'iconique référence qu'est Meshuggah.

On en parle une fois, puis après plus. Si la formation suédoise a évidemment "inspiré" toute une vague de groupes plus ou moins contemporains dont certainement les frenchies ci-présents (preuve de bon goût musical tout simplement), UN fait avec ce 8 2.0 quelque chose qui lui soit assez personnel tout en respectant certains codes inhérents au style pratiqué oui. Mais pas trop. De fait, le groupe s'offre un "Cardinal" aussi bref que languissant pour mieux rebondir et terminer son travail sur "The designer's lead" et surtout l'impérial "Delusions of grandeur". Les ruptures rythmiques sont cadencées à l'extrême, la précision technique toujours aussi chirurgicale et le metal quasi mathématique des auteurs de Februus se révèle pensé dans les moindres détails, au quart de soupir près ("Depression"). On n'a pas affaire à des gens qui improvisent (ou alors cela ne se voit pas) mais à des techniciens qui composent des morceaux évitant avec soin l'écueil du metal ultra-complexe mais simplement démonstratif. Parce que c'est toujours mieux d'avoir un savoir-faire tout en ayant des choses à dire ("Eight"). Par chance : Uneven Structure a les deux.

Uneven Structure / Chronique LP > Februus

Uneven Structure Après bien des mésaventures que nous ne relaterons pas ici, Uneven Structure débarque pas mal en retard dans nos colonnes mais comme une fois n'est pas coutume, nous n'y sommes strictement pour rien, on ne boude pas notre plaisir d'en parler... enfin. Pourquoi dites-vous ? Tout simplement parce qu'après une première démo relativement remarquée, (8, NDR), Februus, le premier effort long-format du sextet frenchy est une évidente claque, révélant assurément ce qui se fait de mieux dans l'hexagone en matière de metal technique, puissant, salvateur et inspiré. Une démonstration très long-format même puisque si le groupe a pris son temps pour sortir ce premier disque, il en aussi profité pour livrer un double-album aussi dense que soigné, à l'efficacité imparable.

Derrière le groupe, la mécanique du jeune label qui monte dans la sphère metal anglo-saxonne à savoir Basick Records (Aliases, Chimp Spanner, Visions...) et devant lui, un horizon dégagé autant qu'un potentiel technico-artistique dont la seule limite semble être le ciel... que l'on va régulièrement atteindre, on y revient. Pour l'instant, on se harnache solidement au siège, on appuie sur play et on laisse les trois premiers titres : "Awaken", "Frost" et "Hail", accomplir leur oeuvre. Une sorte d'introduction à l'univers d'Uneven Structure en forme de triptyque qui en dit aussi long sur les intentions que sur les capacités d'un groupe qui ressemble bien moins à Meshuggah que ce que l'on a pu lire ci et là. Bon quand même si, un peu... Mais surtout, ce collectif français parvenu à s'exporter avec Februus (tout arrive, youpi) délivre ici un intense et addictif cocktail de (post)metal/core/djent atmosphérique (rayez ou ajoutez la mention inutile ou supplémentaire) à la fois mélodique et burné, sauvage et maîtrisé... qui n'est pas sans rappeler ce que peut faire un Tesseract peut-être encore moins connu.

Rayon polyrythmies bluffantes, le groupe répond présent, niveau arrachage de tympans à la main puis à coups de hurlements abrasifs, tissage de la toile émotionnelle et autres séquençage de riffs à l'ADN metal technique scandinave... aussi (toujours cette petite référence à Meshuggah en filigrane quand on y repense). Un interlude ambient-metal (presque drone par moments) instrumental plus tard ("Exmersion") et voici qu'Uneven Structure relance la mécanique avec un "Buds" brutalement ravageur puis un "Awe" massivement destructeur. La sulfateuse métallique est de sortie et le groupe arrose copieusement les enceintes, de leur côté, les ambiances s'assombrissent et l'alternance chant clair/hurlements rageurs fait peser une certaine tension sur l'ensemble. Et c'est au moment-même où l'on sent qu'il s'abandonne à ses instincts les plus noirs que le groupe décide de changer de registre en optant pour ce qu'il avait plusieurs fois fait apparaître comme la dominante potentielle de son écriture, à savoir ce metal hyper technique certes mais particulièrement atmosphérique ("Plenitude") dans lequel il évolue avec aisance assez frapante. Comme si derrière la violence apparente de sa musique, Uneven Structure cherchait avant tout son paradoxe ultime, à savoir y insuffler une douceur certaine.

Dix titres de très grande classe pour un album à l'excellence, soyons honnêtes et pour une fois chauvins, rare, c'est donc un sans-faute pour les frenchies qui en rajoutent une deuxième couche avec un second disque composé de trois nouvelles pistes, lesquelles vont beaucoup plus loin dans l'exploration du côté "atmosphérique" de la musique du groupe puisque consistant en des travaux ambient aux textures parfois shoegaze. On oublie le metal et on s'immerge dans ces trois morceaux fleuves, assez différents du contenu présent sur le premier disque et marqués par un minimalisme vaporeux certain, quelques longueurs aussi, mais surtout une impression de détachement qui sied parfaitement à un Uneven Structure qui a donc clairement décidé de ne pas faire grand chose comme tout le monde avec ce premier album... décidément (très) Classe.

NB : l'objet, livré dans un digipack 2xCD au look plus qu'étudié, est esthétiquement en parfaite osmose avec son contenu.