unswabbed - de l'ombre à la lumière Unswabbed nous a fait languir avant de sortir cet album mais ça valait le coup. D'abord composés pour être chantés et enregistrés en anglais et sous forme de 2 EPs, les textes ont finalement été réécrits en français et les morceaux regroupés sur un seul album, mettant la série des Tales en stand-by. Dans son studio, le groupe a largement eu le temps de peaufiner chaque riff, chaque rythme, chaque petit son et donc chaque mot. Au final, De l'ombre à la lumière est peut-être l'album le plus sombre mais aussi le plus abouti des Lillois.

L'artwork, superbe du début du digipak à la fin du livret, donne le ton, beaucoup d'ombres (normales pour des photos prises de nuit) et un peu de lumières dans le lointain, des lumières floues, vacillantes, aux couleurs chaleureuses mais qui semblent inaccessibles. Côté son, l'ensemble donne bien davantage de places aux graves, les guitares, la basse et la batterie sont plus lourdes, plus massives et écrasent davantage l'auditeur, le chant, lui, cherche toujours à s'élever hors de cette noirceur, à rejoindre les phares qui illuminent le bout de la nuit, il ose l'impossible et tente le grand saut (ce que n'a pas forcément intérêt à faire le sujet des photos). Si Séb par ses passages plus clairs et ses mélodies accrocheuses apporte une lueur d'espoir, ses textes ne sont guère optimistes, on y retrouve les blessures de l'âme, les pièges, la colère indomptable mais aussi l'envie de s'en sortir, l'idée de tenter la folie plutôt que l'uniformisation, refuser, résister, essayer de toujours avancer. Même si les textes les plus beaux sont ceux qui traitent de séparation, que ce soit la chanson d'amour "Le poids des larmes" ou "Sans lendemain" qui évoque une rupture définitive et sans retour qui rappelle "Encore sourire".

La force d'Unswabbed ne réside pas que dans le choix des mots, c'est aussi la capacité de débuter un titre par un riff ultra catchy (trop ?), un peu facile et dragueur comme l'introduction de "D'amour et d'ivresse", enchaîner avec une belle ligne de basse et terminer par de gros blasts qui mettent tout le monde d'accord (ou KO). Varier les riffs entre plaquages pesants et hachures serrées, petits sons qui traînent, légers enrobages samplés et toujours le faire au bon moment, dans le bon tempo n'est également pas donné à tout le monde, les deux guitares combinent à merveille à ce petit jeu et on sent une véritable osmose entre les cinq musiciens qui ne se marchent jamais sur les pieds (à ce titre j'aime beaucoup "L'étincelle").

Sans faire de bruit, Unswabbed revient sur le devant de la scène, le travail sur les EPs en acoustique et en anglais a forcément servi le combo qui reprend ses vieilles habitudes (près de dix ans après leur précédent album) mais qui les subliment de par son expérience.