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A la croisée des chemins de Radiohead et de Pink Floyd, prennez la deuxième à gauche entre Massive Attack et Mogwaï, vous arrivez sur une petite route qui vous emmènera très très loin, c'est celle d'Archive. Oui, le troisième album d'Archive est une bombe. Retour sur leur petite histoire...
Darius Keeler et Danny Griffiths bossent ensemble au début des années 90 au sein de Genaside 2 et montent un label... Danny part en Australie et à son retour, en 94, il retrouve Darius qui compose alors avec Rosco, un rapper qui sort des sentiers battus. Emballé par le projet il y intègre une chanteuse, Roya Arab. Le projet prend forme, les maisons de disques se l'arrachent et ça part en vrille, Rosco a les chevilles qui enflent, Darius sort avec Roya et plus rien ne va au sein du collectif Archive, l'album Londinium sort en 96, c'est du trip hop mais Darius et Danny voient sa sortie comme une fin plutôt qu'un commencement.
Nouveau départ avec une nouvelle équipe : Suzanne est chanteuse, Matt batteur. Le collectif est drivé de prés par le label, des producteurs surveillent leur travail et Take my head, deuxième opus, plus pop, sort en 99. Là encore, le groupe n'en est pas content.
Nouvelle tentative et petite annonce "cherche chanteur, label ..." A cette annonce Craig Walker va répondre, il est irlandais, chantait auparavant au sein de Power of Dreams (et plus anecdotiquement au sein de Pharmacy). Il devient le troisième membre à part entière du collectif. Le duo génial est devenu trio et East West leur fait confiance. Pour l'album, ils font appel à de nombreux musiciens (trompette, orgue, harmonica, basse, guitares, percussions, chant...) mais sont libre de faire ce qu'ils veulent et Darius est fier d'annoncer qu'avec You all look the same to me, sorti en mars 2001, "Voilà donc enfin Archive."
Un accueil formidable de la critique et du public ont permis au groupe de faire une énorme tournée et de ravir les fans avec des concerts fantastiques, attirant les convoitises, on leur a confié la bande son du film Michel Vaillant, le CD sort avant le film, au début du mois de novembre 2003.
Suivront Noise en 2004, et un album Unplugged en 2005. Vinrent aussi les doutes avec le départ de Craig Walker... Le collectif y survit avec la sortie de Lights en mai 2006.

Review Concert : Archive, Archive embarque au Cargö (octobre 2015)

Review Concert : Archive, Archive dans la nef (jan. 2007)

Interview : Archive, fouillons les Archive (juin 2002)

Archive / Chronique LP > Lights.

Archive : Lights Archive semble être de ces groupes que rien ne saurait arrêter, pas même le départ de son chanteur, Craig Walker. Pour Lights, c'est donc deux remplaçants qui viennent ici s'ajouter à la longue liste des vocalistes venus poser leur voix sur les oeuvres du collectif britannique... avec toutes les craintes que cela supposait à l'aune de ce nouvel album studio. On débute avec "Sane" et son trip-rock cotonneux dense et hypnotique. Electrique à souhait, dompté par des vocaux plutôt à la hauteur de la stature d'Archive, volontairement répétitif, ce titre introductif passe plutôt bien et à tout du hit qui peut faire son trou dans les charts anglo-saxons. Plus enlevés, plus pop mais tout aussi gorgés d'arrangements trip-rock savamment distillés, "Sit back down" et "System" font parler la poudre. Basses lourdes, nappes synthétiques intenses, Archive livre deux nouveaux hits absolus. Implacable. Et si entre temps, les Anglais ont alourdi le propos avec un "Veins" branché 60's et à oublier très vite, les vocaux féminins apparus sur ce titre trouveront un bien meilleur écho sur la pépite "I will fade".
Sans véritable surprise jusqu'alors (des morceaux aux mélodies délicates, des claviers leur servant d'écrin idéal, des atmosphères dans la plus pure tradition Archivesque...), Lights trouve son climax avec un titre éponyme long de 18 petites minutes... rien que ça ! Et là, sortant un temps de son confort artistique, cherchant à se dépasser musicalement parlant, le groupe délivre un morceau en forme de long voyage nostalgique aux arrangements synthétiques et aux lumières tamisées. Douceur d'un trip-hop tout en retenu ("Headlights"), petites trouvailles éléctroniques ("Fold") ou ballade par instants psyché et empreinte d'une douce nostalgie ("Taste of blood"), la Archive's touch n'a guère évoluée depuis Noise, le précédent opus studio du groupe... La recette ne s'est pas vraiment vue agrémentée de nouveaux ingrédients et pourtant, au final, la sauce prend toujours autant. Et si certains regretteront sans doute que le collectif n'ait pas ici pris plus de risques, il ne devra pas oublier que cet album est sans doute un opus de transition, permettant aux nouveaux vocalistes de prendre leurs marques. Avant de voir plus loin.

Archive / Chronique LP > Lights

Archive : Lights On a beau savoir qu'Archive est un groupe à géométrie variable, on était impatient (inquiet ?) de voir ce que donnaient Dave Penney (ex-Birdpen) et Pollard Berrier (Bauchklang), les remplaçants de Craig Walker qui, lui, avait su apporter une autre orientation aux britanniques. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce changement important au sein du line-up n'a pas profondément changé la musique d'Archive, et si Lights est probablement un album "de transition" (beaucoup de titres ne sont pas des créations collectives), il ne s'inscrit pas moins dans la lignée de Noise.
Rythme hypnotique (un classique), petite notes de guitares sympathiques, chant typiquement Archive, dés "Sane", on est dans le vif du sujet et directement plongé dans l'univers favori du collectif. Le rythme et la dynamique montent d'un cran avec l'excellent "Sit back down", trip-pop à souhait, chargé en samples et au chant plus aigu marqué par quelques effets, en terme de vocalises, sur "Veins" on trouve des back-vocals féminines mais à l'instar de l'artwork, si la femme est sensée apporter légèreté, délicatesse et lumières, c'est un peu raté... l'artwork bien plus que les choeurs mais ces derniers sonnent un peu trop bateau pour renforcer la composition, on est alors à l'opposé des lignes de chant de la même Maria Q sur "I will fade". Guitares entêtantes et bidouilles ("System", "Programmed"), piano délicat ou synthé ("Fold", "Headlights", "Taste of blood" et sa fin Pink Floydesque), Archive joue toujours avec bonheur ses atouts... Joueraient-ils sans prendre trop de risques sur cet album charnière ? Oui et non car à ces titres qui ne sortent pas de l'ordinaire d'Archive, ils ajoutent "Lights", un morceau qui nous renvoie obligatoirement à "Again" (l'incroyable premier titre de You all look the same to me) par sa durée (plus de 18 minutes...) et sa capacité à nous faire voyager. Tout en retenue et en douceur, "Lights" s'installe durablement dans nos têtes avec son gimmick rythmique, le chant vient nous bercer et faire en sorte que jamais l'ensemble n'explose, dans les dernières minutes, la batterie s'humanise, le titre prend une autre direction et évite ainsi de sombrer dans l'ennui, il faut une sacrée classe pour oser et réussir un tel morceau...
Lights assure une certaine continuité à Archive malgré les changements, il faudra certainement attendre l'album suivant pour voir comment fonctionne la nouvelle alchimie à plein régime...

Archive / Chronique LP > Unplugged

archive : unplugged Archive continue de surfer sur son succés en sortant un Unplugged, avec les quelques compos délicatement pop de leurs derniers albums en date, ça nous pendait au nez, ils ont commencé par un simple (sic) concert acoustique et le voilà édité, empaqueté dans une superbe digipak et derrière un bel artwork, prêt à escalader les charts. Et on ne va pas bouder notre plaisir car cet album est un petit délice. On imaginait bien quelques titres sans électricité ("Sleep", "Goodbye" étant inévitables) mais allaient-ils tenir la distance sans nous endormir ? Guitares, piano, voix c'est une formation minimaliste qui se lance dans l'interprétation chaleureuse de 10 titres. Intimes, délicats, soignés, pures, dépuillés, les adjectifs peuvent se bousculer pour décrire les morceaux qui se succèdent, "Fuck u" a donné le ton et jusqu'à l'arrivée de Bruno Green, pas de surprise... et le petit frenchie de Santa Cruz est invité à prendre une guitare pour reprendre un de ses titres avec les britanniques : "Game of pool", il est suivi d'une autre reprise, le trés beau "Girlfriend in a coma" des Smiths. God rid us, "Conscience" impose un silence et une écoute religieuse, l'intensité retombe avec le pop "Absurd", les guitares donnent le rythme mais se calment pour "Me and you", on a notre réponse, non, Archive ne nous a pas endormi, en variant les atmosphères et les tempos, les titres se sont enchaînés rapidement (avec en laisons des applaudissements et des mercis) et nous n'avons pas vu le temps passé, il est déjà le temps de se dire "Goodbye", des adieux déchirants qui s'étirent sur 6 minutes. Avant de reprendre une vie normale, le piano reprend la main pour un dernier "Run" de grande classe. Applaudissements. Rideau.

Archive / Chronique LP > Noise

archive : noise Ayant trouvé le chemin du succés public autant que critique et la bonne formule (le trio), Archive livre un troisième opus dans la même veine, après You all look the same to me et Michel Vaillant, ce Noise fait donc la part belle au trip-pop-rock, une heure de musique assez calme mais pas pour autant relaxante, à l'instar de la pochette Archive intrigue et inquiète de par quelques sonorités sourdes ("Noise", "Love song"). Mais les britanniques savent aussi jouer de leurs rythmes pour nous entraîner sans que l'on se préoccupe de notre destination ("Fuck you"), ils ont particulièrement travaillé les effets sur le chant ("Get you", "Pulse") et s'éloignent ainsi un peu du modèle Radiohead même si dans le génie de la composition d'un titre pop richement arrangé ("Sleep"), ou les transitions électronisantes ("Here", "Wrong"), ils restent dans le sillage des maîtres en la matière. La nervosité qui habitait le travail de commande pour le film Michel Vaillant s'efface ici pour laisser davantage d'espace à la quiétude et aux rapports aux autres ("Conscience", "Me and you"), Archive se repose alors sur les nappes de synthé, une basse arrondie et une voix magique. Pour ce qui est des oeuvres monumentales, ce sont les 10 minutes de "Waste" qui prennent le relais sans toutefois atteindre le niveau du "Again" qui hante encore nos esprits, après une intro très lente le lancement du titre est assez typé "Archive" et ce qui suit reste du domaine du prévisible, berçant et entêtant le morceau est bon mais l'intro (de 4 minutes !) n'était peut-être pas nécessaire...
Alors qu'Archive se cherchait, il semble clair que depuis 3 ans, ils se sont trouvés, l'osmose musicale entre les membres du collectif porte ses fruits auprés du public qui adhère sans rechigner à leur rock doucement trippant, Archive est devenu une valeur sûre.

Archive / Chronique LP > Michel Vaillant

archive : michel vaillant Après le succés de You all look the same to me, Archive était attendu ... mais pas forcément au rayon "musique de film", c'est pourtant eux qui ont été choisi pour mettre en musique le film consacré au héros dessiné Michel Vaillant. Créer une musique de film amène soit à une grosse déception, soit à une réussite grandiose, et si Pink Floyd a connu les deux possibilités avec le bien plat Obscured by clouds (ou La vallée en français, film prisonnier de son époque) et le sublime More, Archive applatit ici l'auditeur et transforme l'essai. S'il est difficile d'évaluer une musique de film sans voir le film, je peux dire que les amateurs du Archive de You all look the same to me se retrouveront complètement dans Michel Vaillant. L'étendue des talents d'Archive y est bien représentée avec un soupçon de pop ("Friend"), des substances hypnotiques ("Nothing"), une nervosité ambiante terrifiante ("Leader theme", "Helicoptere"), des passages angoissants qui doivent mettre en valeur les images ("Le Mans", "Nightmare scene"), une douceur toute romantique ("Come to me 1", "Friend") et des grandes vagues de synthé (davantage sur la fin de l'opus, "Red", "Come to me 2")... Et les comparaisons avec Pink Floyd ne vont pas cesser étant donné les sonorités basses très proches de l'esprit de The wall sur "Nightmare is over".
Michel Vaillant est un album envoutant qui ravira les amateurs du groupe, qui plaira certainement à ceux qui aimeront le film mais surtout qui donne envie de voir le film... Et ça, c'est pas donné à toutes les musiques de film... Ne reste qu'à le voir ce film, si c'est un navet, peut-être écoutera-t-on différement ce disque, pour le moment, je m'en délecte.

Archive / Chronique LP > You all look the same to me

archive you all look the same to me Si Pooly avait du parler, dans son style si particulier, de You all look the same to me, il n'aurait pas pu le faire en moins de 10.000 mots. Chaque seconde de cet opus est précieuse, chaque minute regorge de richesses sonores, chaque titre est un diamant aux multiples facettes et c'est lui qui nous travaille. Quand on se plonge dans l'album, on ne peut que difficilement en sortir, pour moi, c'est une sorte de Wish you were here moins conceptuel... Et pourtant il n'est pas évident de le voir comme un tout, tant il est varié, tant ces dix titres nous touchent différement. Et Archive a choisi de nous propulser dans son univers par "Again", un monstre de plus de 16 minutes. Un arpège à sa naissance, une voix chaude, une légère mélodie, des petites notes, un refrain, une nappe de synthé et les premiers échos "Again, again, again" lancent le titre. Un harmonica déchire l'ambiance, lancinante, la mélopée se poursuit, les violons surgissent, se surimposent, suivis par une basse qui pourrait être tenue par Roger Waters, la tension monte et c'est elle, la basse, qui fait basculer le titre, change le tempo, l'atmosphère Floydienne s'installe, nous ensorcèle. Guitares distordues, nouvelle étape, davantage hypnotique, la musique cède à nouveau la première place au chant, qui me rappelle par moment Spor. Tout en ruptures et en continuités, ce titre est somptueux. La folie l'emporte au loin, il meurt, mais il ne lâche son dernier souffle qu'un peu plus tard quand le calme est revenu. "Numb" est plus tribal, [numb] plus violent, [numb] plus électrique, [numb] plus éprouvant, [numb] plus binaire. Le calme et la douceur de "Meon" sont donc appréciés, sans transition, Craig nous interpelle à nouveau de sa voix chaude et claire, là, c'est le clavier qui bouscule légèrement le morceau, lui fait changer d'orientation, amène une nouvelle instrumentation grandiose ... "focus babe..." et survient une voix féminine de toute beauté, "focus babe..." assure le relais. Emouvant. Ensuite, c'est plus vers Radiohead qu'il faut aller chercher la comparaison, "Goodbye" étant très pop, dépressif mais pas déprimant. Toujours sans transition arrive le piano de "Now and then" puis place à l'inquiètude de "Seamless", un instrumental qui sert de rampe de lancement à "Finding it so hard", deuxième morceau à dépasser le quart d'heure. Epique, épileptique, il carbure au tempo dédoublé machinalement sur lequel se place un chant lent et doux, le corps et l'esprit se dissocient. Break floydien, on y revient, sonorités à la "Welcome to the machine" et Archive se remet en route, nous démantibule, le trip est assuré sans substance illicite. Les choeurs nous prouvent qu'on est définitivement ailleurs, le paradis n'est pas loin. Et si "Fool" n'était pas séparé de ce titre, ils pourraient ne faire qu'un... Le bonheur se prolonge. Le rêve serait-il éternel ? La douce voix féminine nous ramène à la réalité, enfin, nous fait espérer qu'elle est réelle, retour sur Terre donc. Avec "Hate" et "Need", deux seuls titres qui sont (presque) abordables sans écouter tout l'album, reposants, ils semblent nous dire au revoir, nous saluer, nous remercier d'avoir prêté attention à leurs grands frères. Et sur un arpège, après une montée dans les aigus, Archive s'en va et reste dans notre esprit à tout jamais.