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Si pour certains le nom Battles ne signifie encore rien (honte à eux, au passage), ce groupe originaire de New-York n'est ni plus, ni moins, que la rencontre entre divers musiciens connus à défaut d'être reconnus. Jugez plutôt : John Stanier (l'ancien frappeur d'Helmet et actuellement dans Tomahawk), Ian Williams (guitariste et claviériste ayant joué dans Don Caballero), Dave Konopka (bassiste, guitariste et ancien Lynx) et Tyondai Braxton (fils du jazzman Anthony Braxton) au chant, clavier-programmation et guitare et ayant fait ses armes au sein de plusieurs formations dont Prefuse 73 et Parts & Labor. Le résultat est explosif : une cuillerée de math-rock, une louche d'expérimental et un petit brin de folie électronique qui ne passe pas inaperçu. L'aventure Battles a débuté avec une série d'EPs (EP C et B EP en 2004 puis la compilation de ces deux derniers en 2006 et Tonto+ en octobre 2007). Le premier album, Mirrored, attendu par les fans de la première heure, arrive dans les bacs en mai 2007 bien que produit en 2006 par Keith Souza (Clap Your Hands Say Yeah!). L'album reçoit de très bonnes critiques (surtout au Royaume-Uni) ainsi que le clip de la chanson "Atlas". Ce dernier a été projeté cette année au festival de court-métrage de Clermond-Ferrand et ce même titre a été inclus dans la bande-son du jeu LittleBigPlanet sur Playstation 3.

Battles / Chronique LP > Mirrored

Battles-Mirrored Tarabiscotée, foisonnante, progressive, minimaliste, expérimentale, pénible... On peut dire que les qualificatifs ne manquent pas quand il s'agit d'évoquer la musique de Battles ! La chose que je retiens principalement, c'est qu'elle ne laisse pas indifférent, que cela soit positivement ou inversement... Aborder la musique de cette façon-là, aussi radicale, soit-elle, n'est-elle pas propice aux réactions les plus passionnées ? Déshumaniser son instrument, sa voix, ses compositions jusqu'à ce stade pour, paradoxalement, rendre sa musique curieusement organique suscite forcément les sentiments les plus contradictoires.
Car, à l'écoute de cet album des Battles, je suis passé par une kyrielle d'émotions différentes, qui finalement, reflètent ce qu'est cet album, Mirrored. Compositions lumineuses et ombrageuses, kaléidoscope musical, reflets et échos sonores, les quatre de Battles osent tout, se permettent tout. Quitte à, parfois, dérouter l'auditeur, le laissant dans une certaine expectative. Comme d'autres avant eux (Frank Zappa, Robert Fripp, ou Kraftwerk...), ces américains réinventent leur vocabulaire musical : canon pour "Race : in", crescendo pour "Atlas", décrescendo pour "Tonto", etc... Avec un son qui leur est propre (la frappe de Stanier, le touché de Williams, le rythme de Konopka, et la voix trafiquée de Braxton...), Battles est immédiatement identifiable. Savant mélange post, de math, de "vanguard", Mirrored reste résolument tourné vers le futur, ce futur où l'Homme inventera des machines pour avoir des émotions qu'il n'aura plus. Il suffit d'écouter "Atlas", le morceau le plus accessible du disque, pour s'en rendre compte ! La dance de demain ressemblera certainement à cela, entrainante et exigeante. Un répliquant tout droit sorti de "Blade Runner" ou de "I, Robot" peut parfaitement danser dessus. Montée savante, fièvre presque palpable, voix trafiquée, ce titre emporte tout sur son passage. Dans la même veine, "Tonto" se démarque avec un ralentissement rythmique parfaitement amené pour s'éteindre dans un final ambiant maitrisé. Un registre dans lequel Battles s'avère très fort avec "Bad trails" (vagues de guitares, répétitions synthétiques, et toujours ce langage très personnel du chanteur). Mais c'est dans l'art de la syncope, que Battles se révèle le plus prolixe, avec "Race : in", "Ddiamondd", "Snare hangar", avec parfois un résultat inégal ("Race : in" se démarquant du lot et "Ddiamondd" pouvant être pénible). "Leyendecker" peut se prendre comme un compromis, étant à la fois ambiant et syncopé. Une des autres pièces maîtresses de cette galette est "Rainbow", les talents de songwriting et d'interprétation des musiciens est éblouissant et superbement évocateur (ce titre me rappelle le travail de Susumu Hirisawa sur le film "Paprika" de Satoshi Kon). Musique concrète, et onirique, Battles finit son discours avec l'ultra-rythmé "Tij" et le faussement calme "Race : out" qui reprend la même phrase musicale que "Race : in" du début, une épanalepse. Pour renvoyer un reflet vaguement déformé de son image d'origine. Quoi de plus logique quand on s'appelle Mirrored ?