rock Rock > Dale Cooper Quartet & The Dictaphones

Biographie > Dark-jazz for films noirs...

Originaire de Brest et hébergé à l'origine sur le très indé Diesel Combustible, The Dale Cooper Quartet & The Dictaphones est une entité musicale oeuvrant dans un registre ambient/dark-jazz aux petites touches électroniques et acoustiques évoquant les expériences de Nils Peter Molvaer et autres The Cinematic Orchestra ou une bande-son de film signé David Lynch. En 2007, le groupe sort un premier album intitulé Paroles de Navarre via Diesel Combustible Recordings. 3 ans plus tard et alors qu'un nouvel album est dans les tuyaux, ce premier effort est réédité chez le prestigieux Denovali Records (Mouse on the Keys, The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble...) en CD et vinyle.

Dale Cooper Quartet & The Dictaphones / Chronique LP > Quatorze pièces de menace

Dale Cooper Quartet & The Dictaphones - Quatorze pièces de menace Nouvel album pour le Dale Cooper Quartet, toujours accompagné de The Dictaphones, soit le collectif darkjazz francophone de référence qui, après Paroles de Navarre puis Metamanoir, revient avec un disque tout aussi énigmatique que ses prédécesseurs (au départ tout du moins...) : Quatorze pièces de menace toujours sorti par le biais de l'ultra-prolifique label Denovali Records (près de 175 sorties depuis 2006 tout de même). Un disque qui dès les premiers instants vient happer l'auditeur de par la densité mise dans la piste d'ouverture de l'album : "Brosme en dos-vert" (le groupe ne changeant aucunement ses habitudes et conservant la tradition de donner des noms de morceaux pour le moins étranges). Troublant et magnétique.

Une brume ambient épaisse à l'intensité palpable, quelques très discrètes textures drone-jazz tapies dans l'ombre, puis les nappes expérimentales qui viennent faire leur apparition, avec un sens de la mesure et de la dramaturgie musicale notable. Comme si le "groupe" avait scénarisé son album afin d'en maîtriser jusqu'au moindre de ses effets. L'ensemble est toujours, sinon plus, fascinant qu'à l'accoutumée et malgré sa durée (plus de 21 minutes) se laisse découvrir quasiment sans effort pour qui est un tant soit peu habitué à ce genre d'œuvre. Qui s'essaie à l'utilisation d'une voix à l'occasion de quelques morceaux en conviant notamment la néo-zélandaise Alicia Merz aka Birds of Passage (également hébergé chez Denovali Records, on reste en "famille"). Atmosphères jazz 50's, halo vocal planant autour de l'auditeur ("Calbombe camoufle Fretin", "Nourrain quinquet".).

Rien à redire sur ce que propose les Dale Cooper Quartet & The Dictaphones sur ce nouvel effort se dévoilant comme l'exégèse de ce que l'ensemble avait pu proposer auparavant. En mieux. Comme si le projet avait atteint ici une maturité artistique inattendue, exacerbant sa créativité et lui offrant ainsi de démultiplier son éventail des possibles (du dynamique "L'escolier serpent Eolipile" au feutré "Il bamboche empereurs" en passant par le sentencieux "La ventrée rat de cave"). Fantomatique ("Ignescence black-bass recule") ou délibérément énigmatique ("Céladon baffre"), Quatorze pièces de menace est de ces œuvres qui fascinent, hypnotisent ou désarçonnent selon l'affinité musicale de chacun (difficile toutefois de rester insensible à "Lampyre bonne chère") et qui en l'état apparaît comme la bande-son idéale de la série culte Twin Peaks, si seulement un génie ne s'en était pas brillamment déjà chargé quelques années auparavant (Angelo Badalamenti avait pour mémoire signé une partition classe pour la série TV de David Lynch alors scénariste/réalisateur et producteur).

Pour les inconditionnels du fameux Bohren Und Der Club of Gore et/ou de leurs héritiers de The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble voire des travaux expérimentaux du David Lynch musicien.

Dale Cooper Quartet & The Dictaphones / Chronique LP > Metamanoir

Dale Cooper Quartet & the Dictaphones - Metamanoir Après Paroles de Navarre, sorti une première fois en 2009 puis réédité l'an dernier chez Denovali, le Dale Cooper Quartet & The Dictaphones entre dans sa période bleue et livre avec Metamanoir (oui le titre est assez étrange) une suite à un premier album en forme de bande-son de film noir, en reprenant un peu la même formule tout en la faisant joliment évoluer. Vers quelque chose qui soit à la fois plus abouti, accessible et aussi onirique qu'envoûtant. Une matière sonore toujours aussi mouvante, entre ambient panoramique, doom-(free)jazz et pop éthérée, les deux premières plages de l'album sont de petites merveilles d'immersion sensorielle au coeur d'un univers musical multi-dimensionnel semblant évoluer hors du temps ("Une petit cellier", "Eux exquis acrostole").
Des compositions à la beauté diaphane, gracile ("Ma insaisissable abri"), une voix féminine qui surplombe des arrangements toujours plus raffinés, Dale Cooper Quartet & The Dictaphones se laisse happer par un minimalisme de façade, recelant en réalité des trésors de subtilités énigmatiques et troublantes, d'atmosphères sombres et hypnotiques ("Le implacable gentilhommière"). Entre brume énigmatique et lueur du jour plus limpide, les français distillent leur substrat sonore, créent des ambiances très particulières, des "paysages" musicaux dans lesquels on aime se perdre, un peu à la manière d'un Bohren & Der Club of Gore ou de The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, comme on le fait au beau milieu de leurs incohérences grammaticales délibérées ("Elle agréable rendez-vous de chasse", "Mon tragique chartreuse"). Pour le reste, le Dale Cooper Quartet & The Dictaphones reste une sorte de semi-énigme artistique ("Il mélodieux manoir"), une exception doom-jazz/ambient au magnétisme irrémédiablement envoûtant.

Dale Cooper Quartet & The Dictaphones / Chronique LP > Paroles de Navarre

Dale Cooper Quartet & The Dictaphones Dale Cooper Quartet & The Dictaphones est une entité évoluant dans la mouvance la plus indépendante de la scène musicale actuelle, soit dans des contrées ambient/dark/doom jazz bruitistes, organiques et minimalistes qui en général, intéressent quelques dizaines de personnes... dans le meilleur des cas. Et pourtant, Paroles de Navarre, le premier album du projet, sorti à l'origine en 2007 et réédité il y a peu par Denovali Records (à qui l'on doit notamment les découvertes de Mouse on the Keys ou The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble) alors qu'un second disque est actuellement dans les cartons du groupe, ne manque certainement pas d'intérêt.

Errance doom/jazz sombre et noctambule à travers un film noir imaginaire comme sorti tout droit de l'esprit du cinéaste David Lynch (Lost Highway, Mulholland Drive, Inland Empire...) quand celui-ci ne fait pas n'importe quoi avec ses instruments, des titres malmenant la grammaire française en même temps qu'ils instillent le trouble chez l'auditeur ("Ta grenier", "Une cellier", "La boudoir"), le groupe développe ici une musique aux ambiances troubles et hypnotiques, insaisissables et envoûtantes. Un zeste de Twin peaks (Lynch toujours) en plus pour l'atmosphère énigmatique qui se dégage des morceaux et une constante, on l'a évoqué précédemment, à savoir les ombres "lynchiennes" (encore oui...) qui planent sur ce projet, jusqu'à son patronyme du reste (Dale Cooper était l'enquêteur devant élucider le meurtre de Laura Palmer dans Twin Peaks).

Les morceaux se suivent, se ressemblent assez, ou du moins suffisamment pour former un tout cohérent au sein duquel chaque pièce s'imbrique parfaitement et devient de fait indispensable au bon fonctionnement de la mécanique jazzy du groupe. Laquelle, basée sur un minimalisme fondamental de façade ("Ma dressing") n'en demeure pas loin en perpétuelle évolution, comme dirigée par un fil invisible capable de s'immiscer dans l'esprit de l'auditeur, l'envoûter littéralement, pour l'emmener vers des contrées rarement explorées ("Aucun cave", "Ma couloir"). On l'a compris, derrière ces titres aux "genres" incertains, le Dale Cooper Quartet & The Dictaphones développe une musique à l'architecture à la fois simple et complexe, une oeuvre où les pièces la composant se disposent de différentes manières, se déplaçant sur un échiquier doom/jazz/ambient comme des cloisons coulissantes ("Sa vestibule", "Mon bibliothèque" fleuve et labyrinthique) avant de conclure sur le diptyque "Elle corridor" / "Lui hall". Intrigant mais fascinant.

PS : Paroles de Navarre se digère aussi même si on n'a pas tout compris à Mulholland Drive (voire rien compris du tout).