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Biographie > Le petit ourson folk

Natif de la Grosse Pomme, Grizzly Bear, est un quartet folk que beaucoup considère dans la veine d'Animal Collective, composé d'Edward Droste, Sufjan Stevens, Nick Drake et... de Christopher Bear, ce qui n'est que pure et assez sympathique, coïncidence. Quatre musiciens aux backgrounds assez diversifiés, indie rock, pop, jazz., qui, après une première démo (passage obligé chez tout bon groupe néophyte qui se respecte) sortent le 6 février 2006 leur premier album : Horn of plenty. Un effort qui débarque dans les bacs, via le jeune label parisien Asphalt Duchess, doublé d'une relecture éléctronique du travail des Grizzly Bear, un deuxième disque sobrement baptisé The remixes. A peine un an plus tard, les new-yorkais ont entre-temps changé de statut et signé chez Warp Records, label spécialisé dans l'éléctro classe mais également dans quelques groupes rock indé de haut niveau (Gravenhurst, Battles...) chez qui ils sortent leur deuxième opus : Yellow house, enregistré comme son titre le suggère dans une maison jaune...

Grizzly Bear / Chronique LP > Yellow house


Grizzly Bear : Yellow house Yellow house, rien à voir avec une toile de Van Gogh, ou avec une lointaine évocation du romain de Gaston Leroux (Le Mystère de la chambre jaune), la maison jaune du titre est tout simplement le lieu où a été écrit et enregistré le deuxième disque de Grizzly Bear... tout simplement la demeure de la grand-mère d'Edward Droste (vocaliste de la formation new-yorkaise). Un processus de composition à l'écart du monde, complètement en vase clos et qui a permit au groupe d'accoucher d'une oeuvre à la fois plus limpide et complexe que Horn of plenty, mais également plus matûre que sur son premier effort. Lequel à défaut de manquer de personnalité, avait la facheuse tendance de vouloir plaire à tout prix, en jouant avec les modes, histoire de nourir sa hype naissante. Ici, plus question de vouloir s'attirer les faveurs des critiques de magazines rock, Grizzly Bear semble s'être recentré sur lui-même afin d'écrire avec ses trippes. Bercé par une mélancolie à fleur de peau, Yellow house est un disque qui se dévoile écoute après écoute, sans jamais verser dans l'autocomplaisance.
Une oeuvre racée qui ne se voile pas la face et se met en nu sans fausse pudeur. Des élodies acoustiques épurées et graciles sur "Little brother", "Knife", "Easier", qui viennent se mêler à des choeurs véritablement enchanteurs et des harmonies délicieusement évanescentes, le groupe distille son art avec classe. La une mise en scène parfaitement huilée, l'orchestre accompli son oeuvre. Pas de constructions ampoulées ou de structures aventureuses pour faire bien dans Yellow house, mais uniquement du folk qui s'est désinhibé, un peu plus libéré avec le temps. Les compositions sont plus compactes qu'auparavant, toujours feutrées, mais elles dévoilent plus lentement leurs apparats bien dissimulés sous une avalanche de petites trouvailles musicales, conséquences de l'usage d'instruments assez inattendus pour un album néo-folk. La production est également plus affinée, Grizzly Bear ayant depuis signé chez un gros label indépendant (Warp Records) évite soigneusement les défauts de jeunesse d'un premier album en forme d'assemblage lo-fi de morceaux enregistrés pop/folk avec les moyens du bord, pour livrer un album soigné, délicat et élégant. Là où Horn of plenty pouvait être vu comme une oeuvre de jeunesse, ingénue et foisonnante, Yellow house se fait l'écho d'un groupe plus sûr de son fait et désormais en pleine possession de ses moyens.

Grizzly Bear / Chronique LP > Horn of plenty


grizzly bear :horn of plenty Grizzly Bear fait assurément partie des ces groupes qu'il est de bon ton d'aimer parce qu'ils apparaissent comme intellectualisants donc fascinants. Soit, certains appeleront ça la "branchitude", une manière comme une autre de faire croire que l'on a tout compris au livre, alors que l'on a pas encore lu les trois premières pages, mais version CD. En réalité, Horn of plenty apparaît un peu comme un objet musical guère identifié, un disque au spectre aussi large qu'indescriptible, aussi singulier que déroutant. Parfois bancal dira-t-on, d'autres fois osé (le chant qui paraît si éloigné...), cet album, qui possède un magnétisme étrange, provoque autant fascination, pour les arrangements éléctro, les lignes post-rock et les mélodies folk, que scepticisme pour ses déviations innatendues et ses tendances bruitistes. Et oui, il est comme ça le petit ourson new-yorkais, un peu perdu dans ce dédale de building comme l'est l'auditeur à l'écoute de Horn of plenty. Cette volonté des mette les voix définitivement en arrière-plan, cette section rythmique à la limite de l'ascétisme, il est clair que Grizzly Bear a pris le parti de livrer sa musique, personnelle et intrensigeante. Bien éloigné en cela des vagues de combo brit pop/folk qui inonde les médias depuis quelques mois, le groupe new-yorkais ignore royalement les conventions et se lâche. Et tant pis pour ceux qui n'apprécieront pas, ils n'ont qu'à aller voir ailleurs. D'ailleurs, à l'écoute de cet album, on a parfois tendance à se dire qu'on va aller voir si l'herbe est plus verte dans le champ d'à côté. Et à chaque fois, on est rattrapé de justesse par ces compositions lentes, dépouillées, brumeuses signées du quartet américain.
Pour ce qui est de l'album de remixes, il y a comme souvent du bon et du moins bon, du connu et du moins connu, parmi lesquels on pourra citer les petits protégés de Massive Attack (Alpha), un membre des excellents The Double, un autre d'Animal Collective ou US Postal Service. En clair, il y a un peu de tout, pour un résultat éléctro-ambient folk kaléidoscopique, riche et à l'étrangeté dans la droite ligné de Horn of plenty. Disques d'explorations aussi transversales qu'horizontales, ces deux albums sont par là même à l'image du travail du groupe : lo-fi, urbain, curieux et foisonnant... Toujours sur le fil du rasoir donc, la musique de Grizzly Bear s'amuse à faire des détours quand il suffit de suivre une ligne droite, repousse ses propres murs pour finir de jouer chez le voisin, se plaît à repousser les limites pour regarder en arrière qui à réussi à suivre... A ce petit jeu, certains seront perdants, d'autres réussiront à s'imposer. En tous cas, la prise de risque force le respect.