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Biographie > Post-punk machine

Formé en 1998 à New York, par Daniel Kessler (guitare) et Greg Drudy (batterie), Interpol est l'un des phénomènes indie des années 2000, au même titre que The Strokes, Bloc Party, Kasabian ou ce qui sont généralement considérés comme leurs alter-ego britanniques : Editors. A ses débuts, le groupe ne prend pas encore les choses au sérieux et sort ses premières démos en dilettante, se contentant tout de même d'apparaître au tracklisting de la compilation FuKd I.D. #3 éditée par l'excellent label Chemikal Underground. Deux EP sortent coup sur coup en 2000 et 2001 (Precipitate EP et Interpol EP), puis une fois le line-up du groupe stabilisé, vient l'année 2002 et la sortie de Turn of the bright light et véritable raz de marée critique (et accessoirement commercial) à sa sortie.
Le groupe est instantanément élevé au rang de culte et se distingue en remettant au goût du jour la mode rock post-punk qui a fait le succès de Joy Division ou Echo and the Bunnymen bien des années avant eux. Matador Records tient alors sa nouvelle poule aux oeufs d'or et par fidélité, le groupe ne quitte pas le label pour signer chez une major, malgré les incessants appels du pied de celles-ci. En 2004, le groupe sort son deuxième album avec Antics et commet un nouveau hold-up dans les charts. La critique est à genou, Interpol est désormais sur orbite pour de nombreuses années. Le quartet composé de Paul Banks, Dan Kessler, Carlos Dengler et Sam Fogarino, compose alors un titre pour la série culte du moment Six Feet Under ("Direction") et quitte finalement Matador pour signer chez Capitol Records chez qui sort courant 2007 le troisième opus studio du groupe : Our love to admire.

Interpol / Chronique LP > Interpol

Interpol Il est des albums qui demandent des avis à froid. Dans le cadre du quatrième effort glacial d'Interpol, ce principe s'érige presque en évidence. Jamais depuis Turn on the bright lights le groupe n'avait autant assumé la direction de sa musique. Lents, massifs, sombres mais déterminés, ces 10 nouveaux titres s'appréhendent comme un tout : ils participent tous, véritablement, à la construction d'un édifice ambitieux et réfléchi. Des envies de gigantisme auxquelles fait écho la pochette (le nom du groupe en blocs de pierre se reconstituant - et non l'inverse). C'est ici que surgit le premier bémol de cet LP : le concept n'est pas forcément très clair, et les premières écoutes déroutent ; il ne s'agirait que d'un Interpol un peu mou, un peu chiant. En passant outre cette (mauvaise) première impression, on devient à même d'apprécier, ou du moins de comprendre davantage l'ensemble. Surgit néanmoins le second problème : on a quasiment affaire à deux albums. Là où les cinq premiers titres, certes moins directs, malgré la tentative habituelle de single que constitue "Barricade", restent très liés au son Interpol, la deuxième partie du disque possède un parti pris qui la rend davantage lisible, et qui, finalement, rattrape presque le tout. Encore faut-il y arriver.

L'aspect "bloc" du disque y est clairement assumé : les pistes se fondent les unes dans les autres, tout en possédant chacune une très forte identité. Les musiciens n'hésitent pas à jouer avec leur propre mythologie en introduisant des aspects jamais explorés dans leur discographie : sifflements et mélodie entêtante au piano sur "Try it on", paroles en espagnol sur "The undoing", travail sur le son (batterie, choeurs notamment). On se retrouve très vite entourés de certains des tous meilleurs morceaux du groupe new-yorkais. Contrairement à des formations dont les envies de gigantisme mènent parfois à une grandiloquence caricaturale (Muse ?) les compositions d'Interpol arborent une posture anti-commerciale avec ce disque. À travers ce (quasi) concept-album, le quatuor (hélas bientôt lâché par leur bassiste) ose enfin toucher le fond, le sien. Un fond qui se veut extrêmement noir, abyssal, passionnant, et qui aboutit à un colosse certes déséquilibré, mais bien plus stable que certaines de leurs sorties passées.

Interpol / Chronique LP > Our love to admire

Interpol - Our love to admire Je commencerai cette chronique en disant tout ce que je ne sais pas à propos des prétendues influences d'Interpol, ensuite je parlerai du disque, et enfin je le comparerai aux précédents. Ca fait pas un peu rédaction scolaire tout ça ? (et moi qui déteste l'ordre...). Bref. De ce que j'ai pu comprendre Interpol est influencé par des groupes tels que The Cure et Joy Divison et franchement je m'en fous. Le plus important c'est surtout qu'avec ces influences mélangées au talent des New-Yorkais, on arrive à une mixture qui à de l'âme. J'ai vaguement écouté les formations précédemment citées et ça ne m'a pas plus, mais j'avoue que ça ne suffit certainement pas pour pouvoir juger de tels groupes . Pour me rattraper j'irai voir le film sur Joy Division qui sort bientot... Passons. Parlons donc de la substantielle moëlle de cet Interpol à présent. Analyse d'ensemble et puis des détails. Jaugeage de l'adversaire et puis courtepointe ! L'artwork est original et le plus réussi d'Interpol (ce qui n'est pas vraiment une preuve de réussite), ça commence bien. Vision d'ensemble : l'album est très compact (donc peu aéré), riche en riches arrangements, habités de voix fantomatiques habitées, personnel et énergique, bien construit et surprenant,... Un bon album donc, très bon même que ce mélange d'énergie punk, de guitares incisives, de mélodies pop douces amères, sur fond de paroles romantiques tirées de l'esprit du souffreteux Paul Banks. L'album est varié, avec tantôt des morceaux mid tempo habités ("Pioneer to the falls", "Wrecking ball"), tantôt des morceaux beaucoup plus rapides et puissants ("The Heinrich maneuver", "All fired up") et aussi des moments de grâce pure :" The scale", "Pace is the trick" à la beauté immédiate ("and to all the destruction in men, and to all the corruption in my hands", pont sublime) et "Rest my chemistry" ( "you're so young, you look in my eyes , you're so young, so sweet, so..surprised") un pont... non pas d'adjectifs y faut pas se répéter, c'est pas beau les répétitions). Paul banks n'a jamais si bien chanté, son timbre est assez spécial (il croasse un peu à certains moments) mais ça colle bien avec cette musique tout en cassures et en rythmes, rock ou punk. Rock punké ou punk rocké? Ce qu'on retiens après l'écoute de cet album c'est une musique indéniablement personnelle, inspirée (les morceaux sont bien construits et font rarement moins de 4 minutes), sombre et étonnante.
Cet album est plus varié que ses prédecesseurs, mais les claviers plus présents qu'avant présentent des avantages et des inconvénients : ils donnent à l'album un coté lancinant et habité et sombre mais ils étouffent aussi les autres instruments (la basse et la batterie surtout), ce qui est dommage au vu du niveau technique proposé. Cela dit, si vous aimez un peu Editors mais vous trouvez ça trop simple, et un peu trop lisse? Jettez vous donc sur Interpol !