Les Marquises - Lost lost lost Inévitablement, Les Marquises nous évoque ces îles polynésiennes si chères au grand Jacques, mais aussi l'une de ses ultimes chansons. C'est d'ailleurs cette dernière qui a inspiré le nom du nouveau groupe de Jean-Sébastien Nouveau, multi-instrumentiste d'Immune (en stand-by pour le moment) notamment. Un substantif associé à une belle image paradisiaque qui sied parfaitement à ce trio à la recherche constante de l'esthétisme sonore. Les Marquises ont voulu rendre hommage à travers leur premier album à un artiste assez peu connu du grand public : Henry Darger. Cet auteur et peintre américain du XXème consacra une bonne partie de sa vie à l'élaboration d'un récit épique illustré de 15 143 pages intitulé "Realms of the unreal". Découvert après sa mort en 1973 dans la petite chambre qu'il occupait à Chicago, cette œuvre à l'univers graphique singulier (bande dessinée faite de grandes aquarelles naïves et hallucinées) reste un symbole de l'Art Brut. Lost lost lost, en rapport à la solitude qu'envahissait cet homme, est donc une sorte de bande-son sur le monde de la claustration constitué de tourments délivrés par la poésie. Ces 6 titres naviguent entre des styles pas forcément proches mais qui ouvrent les portes d'une atmosphère liée au rêve (bon ou mauvais), d'un endroit où se mêle à la fois la quiétude et le trouble. D'une post-pop aux tendances jazzy ("Only ghosts") à de l'électro-ambiant dérangé ("Terrible horses") en passant par de la folk mélancolique perchée ("This carnival of lights"), Les Marquises s'emploie à rendre leur œuvre sensible et contemplative à travers moults instruments. La richesse du son est soutenue par moment par la voix fragile et pleine d'amertume du Texan Jordan Geiger (Minus Story, Shearwater, Hospital Ships) et cette alchimie nous renvoie parfois aux travaux et à l'univers extatique de Radiohead, de Sigur Ros ou bien de Bowery Electric (la liste peut être très très longue). Avec ce nouveau projet, Jean-Sébastien Nouveau confirme le talent que l'on a pu lui louer avec Immune et prouve qu'en changeant de partenaires (ce projet compte également des invités) la donne reste la même. Il ne reste plus qu'à se plonger dans la création de Darger pour apprécier cet album à sa juste valeur.