Mogwai au Grand Rex 01 oct 2017 La sortie de "Every country's sun" marque le retour de Dave Fridmann à la production, plus de 15 ans après Rock action. Pour quelles raisons principales l'avez vous rappelé pour produire ce disque ?
Il y a deux principales raisons, la première est que nous voulions quitter l'Ecosse, on voulait vraiment changer d'air. La deuxième, c'est qu'on est tous fans des travaux de Dave (NDR : bassiste de Mercury Rev qui a produit des artistes tels que Flaming Lips, Weezer, Sparklehorse, Thursday ou MGMT) dont deux de nos albums. Et on a gardé de très bons contacts avec lui, c'est comme un vieux pote donc on est parti aux States l'enregistrer après des échanges de démos par e-mail pour le préparer. Ça s'est fait naturellement et on est très content du résultat.

Est-ce que le départ de John il y a deux ans a eu des conséquences sur votre façon de créer ?
Non, absolument pas, si ce n'est qu'on a un guitariste en moins. Le processus de composition n'a pas été perturbé du tout car nous sommes tous remplis de pleins de bonnes idées.

Tu as dit un jour que vos albums naissaient souvent d'accidents heureux, ça a été la même chose pour "Every country's sun" ?
Si tu fais bien attention, la vie est parsemée d'heureux accidents. Pourquoi cela changerait-il sur ce nouvel album ?

Notre rédaction trouve que le son de ce nouvel album rappelle celui de Tortoise ou Yo La Tengo, tu te sens proche de ces artistes ?
Oui, évidemment, nous écoutons et respectons ces deux groupes qui ont su imposer leurs pattes artistiques. Après, je ne sais pas si notre son est proche de ces groupes là. Peut-être faudrait-il demander ça à Dave ? Lui, saura mieux te le dire puisqu'il s'est chargé de façonner le son de l'album.

Vous êtes en tournée actuellement, est-ce que vous arrivez sur scène à rendre votre son fidèle à ce nouveau disque ?
Si ce n'est pas totalement, on s'y approche en tout cas.

"Party in the dark", chanson pop-rock chantée, semble être à part dans le tracklisting de l'album, n'arrive t-elle pas un peu trop tôt dans le disque ?
Ah bon ? Tu trouves qu'elle arrive trop tôt (rires) ?
Oui, personnellement je l'aurais plus vue au milieu du disque, histoire que les ambiances instrumentales se forment et que ça serve un peu d'interlude.
Ben c'est trop tard mon gars, tout est déjà pressé (rires).
Ouais, dommage, et est-ce que faire ce genre de chanson accrocheuse est une manière d'appeler un public pop à découvrir votre musique ?
Mais j'aimerais beaucoup attirer un nouveau public rien qu'avec cette chanson. Je suis pas certain que cela arrive, mais pourquoi pas ?

Par quels moyens Mogwai arrive t-il à se réinventer après 20 ans d'aventures ?
C'est difficile à dire. C'est une alchimie qui ne s'explique pas vraiment. Déjà, la question est de savoir si on se réinvente. Tu sais, je connais beaucoup de personnes qui m'affirment que Mogwai fait le même album depuis 20 ans (rires). À partir de là, qu'est-ce que je suis censé répondre ?
Qu'ils se trompent !
Ouais, si ca se trouve, ces mêmes personnes n'ont même pas réellement écouté nos albums (rires).

Quels disques auraient pu vous influencer pendant la composition de ce dernier album ?
Encore une question qui n'est pas évidente... Hum, je n'ai pas écouté beaucoup de disques pendant la réalisation de Every country's sun, car on est vraiment à 100% dedans et le reste du temps, on repose nos oreilles. Mais pour répondre à ta question, je dirais le dernier album de David Bowie qui est magnifique, et les albums de Boards Of Canada, ça a toujours été une référence musicale importante pour Mogwai.

Mogwai au Grand Rex 02 oct 2017 Est-ce que tu penses que votre musique est perçue de la même manière selon les continents ?
Définitivement, non ! L'Europe et l'Asie sont deux continents qui perçoivent assez similairement notre musique, comme quelque chose de religieux, j'oserais dire. Je ferais noter au passage que la France compte comme l'un des pays qui aime le plus notre groupe, je ne sais pas pourquoi. En revanche, par exemple aux États-Unis, la perception n'est pas du tout la même.
Comment ça ?
Hum, je ne saurais pas t'expliquer comment.
Les shows aux États-Unis sont assez connus pour être du pur divertissement, cela parfois mène à un décalage avec certains propos musicaux dont le votre.
Oui, il y a une part de vérité, fatalement le public ne réagit pas de la même manière, mais il n'y a pas que ça je pense. Les sensations avec le public lors de nos concerts américains ne sont clairement pas pareilles.

"Coolverine" est un excellent titre, c'est aussi un clip très beau réalisé par Hand Held Cine Club que vous connaissez bien. Qui a eu les idées de ce clip ?
Justin Lockey du groupe anglais Editors et son frère cinéaste James ont fondé Hand Held Cine Club qui a réalisé pas mal de clips vidéos pour des gens comme David Lynch, Maps & Atlases, ou We Were Promised Jetpacks. Ils ont tout fait de A à Z sur le clip de "Coolverine". Ce sont des gars super talentueux qui n'ont pas eu besoin de nous pour fabriquer cette vidéo. Ce sont leurs idées, on les a laissé bosser dessus, nous avions une confiance absolue en eux. Je les connais bien car on a monté un groupe ensemble qui s'appelle Minor Victories.

Vous avez réalisé plusieurs bandes sons originales, est-ce qu'il y a un réalisateur avec lequel vous souhaiteriez particulièrement travailler ?
David Lynch.
Trop tard, il est en retraite.
Ouais, mais il va sortir de sa retraite car il est tenté de bosser avec nous (rires). J'aime bien le travail de David Cronenberg aussi.
Et Jim Jarmusch ?
Exact, rajoute le sur la liste lui aussi ! Il y en a plein d'autres que tu dois connaître, la liste est longue.

Comme votre rythme de création est très soutenu, je me demandais dans quoi vous vous réfugiez pour couper ce rythme. Certains vont à la pêche, d'autres s'octroient des moments paisibles en famille, ou ne font rien, et toi ?
Malgré le fait que l'Écosse soit un bon pays pour aller se faire plaisir à la pêche, je ne la pratique pas du tout. Par contre, en ce qui me concerne, mes passe-temps sont passionnants : promener mon chien, faire du skate et rendre visite ou accueillir des amis. Les moments paisibles en famille, c'est pour les autres membres du groupe.

Est-ce que tu collectionnes les disques ?
Oui, je me considère comme un collectionneur de disques dans le sens où j'en achète beaucoup. Je suis davantage dans le quantitatif que dans la qualitatif, j'en prends pour exemple le fait que j'achète généralement des rééditions toutes neuves plutôt que de chiner les premiers pressages originaux.
Quel est ton disque le plus cher sentimentalement ?
Bonne question. Je dirais, sans trop réfléchir, le vinyle de Marquee moon, le premier album de Television.
Et celui qui coûte le plus cher dans ta collection ?
Alors, ça, je ne saurais te dire car je ne connais pas la valeur de revente de mes vieux disques. Peut-être mes très très vieux vinyles de blues. Tu sais, même des vinyles sortis récemment me coûtent cher, le dernier que j'ai dû acheter m'a coûté quelque chose comme 50 livres sterling. C'est fou !

Mogwai au Grand Rex 03 oct 2017 Tu es fan de football et du Celtic FC, je crois. Est-ce que tu étais au Celtic Park lors de la défaite 0-5 face au PSG en Ligue des Champions ?
Ouille ! Non, je ne me suis pas rendu au stade pour cette rencontre...
Ça a dû être terrifiant à regarder, non ?
Un calvaire ! J'étais le soir du match avec mon pote français Olivier qui est un fan du PSG. Pendant le match, il a essayé de m'habiller aux couleurs de son club, franchement, c'est une soirée à oublier (rires).
Il n'y avait pas photo entre les deux équipes, on est d'accord ?
Clairement, mettre 5-0 au Celtic Park, c'est rare. Le PSG est dans une autre dimension, ça n'a rien à voir avec le Celtic.

Es-tu favorable à l'indépendance de l'Ecosse ?
Complétement !
Tu as dû être déçu par le référendum de 2014 ?
Évidemment, mais je suis convaincu que, tôt ou tard, l'Écosse sera un pays indépendant. C'est juste une question de temps. Quand l'ancienne génération ne sera plus de ce monde, je dirais dans 10 ou 15 ans, le "oui" l'emportera.