Noir Désir - Tostaky Alors bien sûr, il y a le gimmick imparable du morceau éponyme, sous-titré "(le continent)", sur lequel la prose de Cantat ("Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien") se pose idéalement. Bien sûr qu'il y a cette "Marlène", lui emboîtant le pas, si tendre et tragique à la fois. Bien sûr, "Un ange passe" pendant "Lolita nie en bloc", morceau brisé, juxtaposant l'antagonisme de couplets sages et poétiques au refrain-slogan précédé d'un déluge chaotique. Voilà pour les titres ayant fait l'objet d'un clip et soutenus par le groupe. Mais comme tous les albums cultes, ce qui fait leur perfection repose aussi (voire surtout) sur l'ensemble du disque. J'entends par là la présence d'autres titres, un peu à l'écart des bulldozers et tubes en tous genres mais qui ont de sérieux atouts, souvent plébiscités par le public et révélés sur scène. En première ligne se trouvent, et impossible de savoir si cela est fait volontairement ou pas, les cinq premiers titres de l'album, se passant le relais de façon magistrale. De "Here it comes slowly", déjà anti-raciste avant "Un jour en France" et 666.667 club, avec "We'll never stand fascism anymore" à "One trip / one noise" doté d'une atmosphère toute à la fois lunaire et mystique en passant par l'hallucinée "Alice" -encore une fille-, le brûlot plein d'allégories "Ici Paris" et la quête introspective de "Oublié", on est tenu en haleine une vingtaine de minutes, sans répit, avant que ne s'abatte "Tostaky (le continent)". Mais ça, on connait déjà. Ensuite parceque chantées toutes deux intégralement en anglais, se succédant et les ayant associées d'emblée, dès la première écoute, il y a ce diptyque "Sober song"/"It spurts" qui fonctionne à merveilles mais étrangement mis à l'écart et souvent oublié, "It spurts" étant carrément évincé de la VHS live alors que l'ensemble du reste de la setlist du double live Dies irae y figure. Pour qui serait passer à coté, "Sober song", enveloppé d'un mal de crâne post-nuit blanche, pourrait sortir des tiroirs Du ciment sous les plaines et "It spurts", tout en tension éclate aux oreilles de l'auditeur sans crier gare.
Pour que l'oeuvre soit parfaite, il faut qu'elle soit garnie de choses décalées, non homologuées et prenant l'auditeur de surprise. A moindre mesure, c'est le cas avec "Johnny colère", reprise d'un titre de 1982 des Nus, où Noir Désir offre une version pour le moins revisitée de ce titre. Mais de façon nettement plus franche, on peut même dire sans concession, grâce à la 9ème piste de l'album, d'une durée exacte de 6 minutes et intitulée "7 minutes". Tant de chiffres pourrait nous faire passer à coté de l'essentiel : la musique. Ovni, exercice de style avec intentions progressives et incantations chamaniques à la clef, dénommons-le comme on veut (et comme on peut !) "7 minutes" se révèle être une réussite de plus et préannonciateur de "666.667 club", le titre cette fois.
Comme chaque album-étendard d'une génération (voire plusieurs), son écoute implique une lecture personnelle et Tostaky ne déroge pas à la règle. Mais force est de constater que Noir Désir n'atteindra plus un tel niveau malgré les succès, mérités, de 666.667 club et Des visages des figures.