rock Rock > Oiseaux-Tempête

Oiseaux-Tempête / Chronique LP > Al-'An!

Oiseaux-Tempête - Al-'An! Par son nom, Oiseaux-Tempête soulève deux idées. La première suggère que la musique ne connaît pas de frontières. Elle vit sur toutes les parties du globe en tout instant. Les grands voyages sont pour Frédéric D.Oberland et Stéphane Pigneul une source intarissable pour la création de leur musique. La seconde approche le concept que la vie est un cycle ; derrière les orages se cachent les plus beaux jours. Formé en 2012, le groupe voyage l'année suivante dans la péninsule grecque avec le sentiment que "les crises qui secouent le vieux monde méditerranéen sont le prisme à travers lequel se lisent au mieux les enjeux contemporains". La Grèce en pleine crise économique et sociale donne de l'idée aux musiciens qui accouchent d'un post rock qui est le terreau du premier essai d'Oiseaux-Tempête. Deux ans plus tard, Utopiya? est l'expression urgente d'un travail différent. Enregistré en trois jours, Oiseaux-Tempête s'entoure d'un tas de musiciens pour livrer un son improvisé, brut et électrique. En 2016, c'est le Liban et ses sonorités orientales qui vont donner du grain à moudre à Frédéric et Stéphane. Là-bas, ils trouvent toute la matière pour sortir un nouvel album : Al-'An! (And your night is your shadow - A fairy tale of piece of land to make our dreams).

Sur cet album, le binôme parisien s'entoure de nombreux musiciens : Mondokopf, Sylvain Joasson, Charbel Haber, Sharif Sehnaoui, Tamer Abu Ghazaleh, Abed Kobeissi, Ali El Hout, Youmna Saba, Pascal Semerdjian, Stéphane Rives, Blackthread, As Human Pattern. Serait-il possible d'en connaître au moins un ? Toutes les cartes sont sur la table avec la participation de G.W.Sock (ex-The Ex, Cannibales & Vahinés, The And). Alors que Oiseaux-Tempête prend les allures d'un collectif, la musique s'annonce prête à nous rendre d'humeur contemplative. "Notes from mediterranean sea" déroute par son mélange de sonorités. Tandis que les instruments à vents posent un décor paisible, les notes electro font entendre les rouleaux de la mer. Quatre minutes loin du monde qui gronde, quatre minutes qui passent en un éclair. Les percussions entrent dans la danse sur le morceau suivant. C'est au tour du Oud qui complète à merveille une guitare électrique qui mène sa mélodie accrocheuse. Le oud continue sa belle aventure dans "Feu au Frontières" qui fait entendre au second plan des chants orientaux. "Baalshamin" oppose dans ses moments les plus agités la guitare électrique et les beats électroniques. Sans effacer une certaine tension, les cuivres en viennent presque à l'improvisation. Oiseaux-Tempête sort du titre en visant le chaos. L'hypnotique et planant "I don't know what or why" chanté par Tamer Abu Ghazaleh ressemble bien à la perle de l'album. Toute la dimension free jazz s'impose sur "The offering" qui est agrémenté par la voix du poète palestinien Mahmoud Darwich décédé en 2008. Après un "Carnaval" où une electro en folie domine, "Trought the speech of stars" est d'un tout autre caractère. Elle culmine en temps avec ses 17:29' dans lesquelles G.W.Sok nous livre un chant parlé, poétique et incandescent. Comme pour fermer la boucle "A l'aube" - soutenu par les percussions rappelant un cœur qui bât - nous ramène un peu à la mer dans un élan tranquille et majestueux.

Dans Al-'An! Oiseaux-Tempête est à la croisée des mondes. En bordure de rêve, la musique milite pour des paysages où rien ne se ressemble. Pourtant tout semble suspendre le temps et le faire filer entre nos doigts. Où est le début ? Y a-t-il une fin ? Espérons que Oiseaux-Tempête continue de nous emporter dans les limbes tantôt pour craqueler les limites de l'univers tantôt pour les survoler.

Oiseaux-Tempête / Chronique LP > Oiseaux-tempête

Oiseaux-Tempête - Oiseaux-Tempête Les Oiseaux-Tempête ne sont pas de nouveaux venus puisque les deux musiciens fondateurs sont issus de Farewell Poetry et Le Reveil des Tropiques, deux groupes qui sillonnent l'hexagone fréquemment. Avec ce nouveau projet, ils ont soigné autant le fond que la forme, l'album est doté d'un artwork visuellement très classe, ce qui a priori, met l'auditeur dans de bonnes prédispositions.

Du coté de la musique, on est en terrain connu et déjà bien labouré avec un rock instrumental à forte résonance émotionnelle. Il n'empêche que Oiseaux-Tempête séduit les oreilles avec ses longues plages qui pourraient être la B.O d'un western urbain dans un environnement post-apocalyptique : on pense d'ailleurs beaucoup à Ennio Morricone à l'écoute de ces 74 minutes. Sur une durée conséquente, on ne te cache pas qu'il y a quelques moments de grâce mais aussi quelques phases où la musique se fait oublier (le très Earth "Ouroboros"...) pour mieux re-captiver l'attention par la suite, on pense notamment aux pistes "Kyrie Eleison" et "Call John Carcone" où le propos se fait nettement plus rugueux. Du travail soigné au potentiel de séduction certain.