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Trio résidant à Brooklyn parce que New York est un endroit ou les gens viennent vivrent et mourir dixit le chanteur/guitariste du groupe, A Place to Bury Strangers se compose d'Oliver Ackermann (ex-Skywave), Jay Space et Jono Mofo. A trois, les américains sont réputés être le groupe qui joue le plus fort à New York et sont souvent comparés aux illustres Joy Division ou aux plus récents Interpol et autres Editors. En 2006, le groupe sort 3 EP's intitulé Red EP, Blue EP et Green EP avant de mettre en boîte son premier album long-format. Un disque éponyme qui permet notamment au groupe de se faire connaître en-dehors du territoire nord-américain en tournant avec Black Rebel Motorcycle Club en 2007 et surtout Nine Inch Nails l'année suivante (on retrouve du reste un morceau d'A Place to Bury Strangers sur Lights in the sky, un EP gratuit mis en téléchargement libre par Trent Reznor himself pour promouvoir leur tournée commune)...

A Place to Bury Strangers / Chronique LP > Worship

A Place to Bury Strangers - Worship On le sait : à chaque nouvelle offrande signée A Place to Bury Strangers, on a fatalement droit à une claque évidente qui laisse les postérieurs et les tympans conjointement rougis par l'intensité de la déflagration et son effrayant cadencement métronomique (entre autres joyeusetés). Sans grande surprise, Worship, la nouvelle torpille des new-yorkais désormais signés chez Dead Oceans (Akron/Family, John Vanderslice, The Tallest Man On Earth...), fait suite à l'album-punchline Exploding head puis à l'EP Onwards to the wall paru il y a seulement quelques semaines, et déboule donc avec, comme à chaque fois, cette foudroyante capacité à tout retourner sur son passage.

La preuve dès les premiers instants de cette démonstration de force incontestable avec un "Alone" inaugural qui ne prend pas son temps pour mettre l'auditeur la tête sous l'eau. Les arrangements claquent comme jamais et APTBS enterre du même coup le vieux fantasme Joy Division (auquel on les compare invariablement) pour délivrer un cocktail hautement addictif de noise tellurique et de cold-wave robotique qui distribue les paires de baffes comme d'autres enfilent des perles. Un résultat super-sonique qui fait vibrer le sismographe comme jamais jusqu'à distordre les sons pour lacérer les enceintes jusqu'au sang (l'implacable "You are the one") et faire de ce Worship ce qu'il est, à savoir une implacable abrasion sensorielle. Comme à leur habitude, les américains laissent brutalement s'entrechoquer les décibels jusqu'à froisser les membranes auditives de l'intelligentsia indie engoncée dans son confort porté par les vagues de la hype et le font avec un plaisir coupable qu'on leur envie bien volontiers.

Une bruyante et sauvage incandescence rock qui, sur le clinique "Mind control" ou le ténébreux "Worship" éponyme, permet à A Place to Bury Strangers de s'adonner à un véritable chaos organisé. Une œuvre où la maîtrise du sujet est totale, le groupe allant jusqu'à créer par lui-même ses pédales d'effets et, en même temps, un espace d'expression dans lequel il peut aussi s'abandonner (quitte à verser parfois dans une certaine répétitivité) afin de laisser ses compositions se développer par elles-mêmes. Une manière de se réinventer peu à peu pour le groupe qui dès lors lance des attaques massives sur les enceintes et dévore la platine en usant de l'urgence d'un "Leaving tomorrow" comme de la fougue de "Why I can't cry anymore" sans parler de la puissance tellurique de "Revenge", quelque part entre un Jesus and Mary Chain post-moderne et un My Bloody Valentine qui se serait fait une injection d'adrénaline.

Ravageur.

A Place to Bury Strangers / Chronique LP > Exploding head

A Place to Bury Strangers - Exploding head Exploding head, plus qu'un titre ou une punchline efficace, c'est une véritable profession de foi pour la nouvelle hype de la scène indé nord-américaine catégorie "je reste branché, tendance et propre sur moi mais j'envoie quand même du bois", j'ai nommé A Place to Bury Strangers, qui, après un premier album très remarqué décide cette fois de mettre le paquet pour imprimer sa griffe, aussi atypique que racée sur tout un pan de l'intelligentsia musicale actuelle. La preuve avec "It is nothing" qui sort de la brume électrique pour s'ébrouer dans des nappes shoegaze/cold-wave en triturant ses guitares et en jouant (à outrance) de ses pédales d'effets pour incendier les amplis. Et ça marche, quand bien même il faut se faire à cette voix complètement désincarnée, ces brouillons mélodiques très rêches et l'âpreté des compositions du trio de Brooklyn, qui entre un "In your heart" résolument frondeur et sa séquelle immédiate qui se perd dans des atmosphères gorgées de saturation poisseuse à l'épaisseur bruitiste palpable, ne fait rien comme ses contemporains ("Lost feeling").
Peu à peu, le groupe monte en pression, avec "Dead beat", où il affirme un peu plus un songwriting baignant dans la noirceur des 80's en même temps qu'il insuffle une énergie contaminatrice peu commune à des codes musicaux déjà largement éculés par ailleurs. Les guitares se contorsionnent, la batterie, martiale, imprime la dynamique, se mouvant entre les geysers de disto, A Place to Bury Strangers est au bord de l'implosion et ce quatrième morceau est intrinsèquement la pépite en forme de climax de l'album. Brute de décoffrage, orgiaque et fatalement imparable. Martelant son propos à coups de "Kee slipping away", "Ego death" et autres "I lived my life to stand in the shadow of your heart" aussi vénéneux que robotiques, autant de torpilles rock abrasives toujours bercées par ce chant se plaçant littéralement hors du temps, APTBS assume aussi bien ses influences qu'il s'affirme un peu plus, assez logiquement, en comparaison de son premier album. Un bémol à tout cela quand même, la propension qu'a les new-yorkais à rester fatalement bloqués dans les 80's, quitte à céder aux poncifs d'un rock kitsch assez imbuvable ("Smile when you smile", "Everything always goes wrong") car au bout du compte, le groupe n'aime qu'une seule chose et le fait clairement comprendre avec l'éponyme "Exploding head". Mais sinon, pas de doute, A Place to Bury Strangers reste outrageusement fidèle à lui-même et dans le genre, se débrouille pas mal...

A Place to Bury Strangers / Chronique LP > A place to bury strangers

A Place to Bury Strangers - S/t 15 titres et pas un de moins pour quasi une heure de musique, des titres bardés d'influences prestigieuses (parfois trop ?), les A Place to Bury Strangers, réputés pour leurs prestations scéniques bruyantissimes, mettent tout ce qu'ils ont dans le ventre sur ce premier album éponyme. Un mur de son hérité des My Bloody Valentine, des basses lourdes, une saturation permanente, un petit côté New Order sur les bords, une belle louche de Jesus and Mary Chain et surtout un mimétisme incroyable avec les Joy Division et leurs héritiers quasi directs d'Interpol et Editors. A une différence près, même sur l'album, les new-yorkais jouent vraiment plus fort. Des titres chargés en reverb, un rock sombre et sophistiqué au son paradoxalement très brut (Olivier fabrique lui-même ses pédales à effets), des mélodies vénéneuses tapies dans le brouillard sonique qui enveloppe "Missing you" ou "The falling sun".
Shoegaze, post-punk, indie rock racé, le trio puise ses influences dans ses trois courants musicaux, les noyant sous un véritable déluge sonore qui n'a pas que ses avantages tant la voix du chanteur paraît par moments éloignée ("She dies", "My weakness"...). Un soupçon de The Cure et de Suicide, des guitares glaciales, des ambiances sonores étudiées et une production, ample, compacte et sursaturée qui donne à l'auditeur, l'impression d'être complètement immergé dans la musique du trio ("Ocean", "Never going down"...). De ce point de vue là, c'est réussi. Noise clinique, mélodies par instants littéralement déshumanisées, rock brut, A Place to Bury Strangers, groupe au patronyme original, peut parfois laisser de marbre ("Get on"). Mais pour qui se laissera tenter, ce parallèle dressé entre les années 80 et notre époque, méritera au moins une petite écoute attentive, sinon plus ("Run around", "Half awake", etc...). Pas mal du tout donc, même si un peu trop sous influence.