Stonebirds - Into the fog. and the filthy air Seuls des Bretons pouvaient inventer le Stoner « froid ». Alors qu'on est plutôt habitués à écouter sans arrêt les mêmes riffs en shuffle avec les mêmes prods toujours aussi mats et brillantes que des Cadillacs, ce nouvel album de Stonebirds prend à revers. Une agréable surprise donc qu'est ce troisième album qui voit le groupe emprunter un nouveau chemin stylistique beaucoup plus vaporeux et bruitiste, et donc plus personnel, qu'auparavant.

Là où les morceaux de Kyuss soufflaient un vent chaud et chargé de sable, ceux de Stonebirds charrient un vent glacial chargé d'embruns déchirés par d'immenses mastodontes de granit. Oui, Into the fog... and the filthy air fait partie de ces albums qui semblent dessiner des grands espaces. Paradoxalement on a malgré tout l'impression d'être avec le groupe dans le studio au moment de l'enregistrement.

A l'instar de leurs collègues parisiens d'Abrahma, le chant se fait lointain et évocateur, presque saisi à la volée dans une tempête rythmique rugissante. Au cours de ce voyage, ni trop court ni trop long (35 minutes), l'auditeur traverse plusieurs climats, ambiance et zones de turbulences, toujours guidé par des mélodies mélancoliques et épiques qui se dévoilent au fur et à mesure dans de superbes structures progressives qui prennent leur temps sans jamais pour autant exagérer les choses. A ce titre le morceau d'ouverture est un excellent plaidoyer de la nouvelle marche que compte suivre Stonebirds pour le restant de l'album, révélant notamment un magnifique moment de lumière qui perce les nuages avant de s'engager sur une grande et pachydermique chevauchée.

Le groupe sait maintenir la tension et l'attention jusqu'à la fin de son album, jalonné ici et là de quelques surprises en terme de sonorités (le clavier fantomatique sur "Into the fog", le chant qui change régulièrement de registre) sans parler des nombreux climax qui transcendent régulièrement l'ensemble. Grâce à sa composition, mais aussi à sa production super aérée et atypique, Into the fog... and the filthy air échappe au travers de l'album ultra compact et roboratif, et donc parfois indigeste. Ici au contraire on a l'impression d'avaler du stoner-doom sans trop d'efforts, tout en redécouvrant des aspérités et des détails enfouis à chaque nouvel écoute.

Stonebirds vient de gagner dignement sa place parmi les grands groupes stoner d'une scène française qui en a décidément beaucoup à revendre. Que ce soit sur le plan purement musical que sur le plan visuel, comme le prouve le magnifique artwork de cet album qui doit justifier à lui seul l'achat du vinyle. Enjoy !