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Biographie > Thom Yorke

Un side-project de Radiohead qui n'en est pas vraiment un... Hum... peut-être, peut-être pas. Difficile à dire. Thom Yorke, tout seul ou presque profite d'une petite pause dans les activités de la formation culte d'Oxford pour faire se faire plaisir avec un projet quasi solo auquel il n'a même pas voulu clairement donner de nom. Pas plus qu'il n'accepte que l'on dise qu'il s'agit d'un projet solo. La preuve, sur l'artwork de son premier essai discographique (presque) solo, on trouve : The eraser - Thom Yorke. Alors quoi ? Pas un véritable side-project et pour cause, Johnny Greenwood est venu prêter main-forte à Thom, Nigel Godrich (collaborateur de longue date de Radiohead) s'est chargé de la production et Stanley Donwood de l'artwork, encore moins un véritable nouvel album du quintet anglais, ce projet est à situer entre les deux. Et le premier fruit tombé de cet étrange arbre hybride est The eraser, un disque annoncé comme étant dans une veine assez éléctronique (se rapprochant en cela de Kid A), mais également pop, intimise et feutré. Un effort très attendu et qui attérit dans les bacs le 11 juillet 2006 via XL Recordings.

Thom Yorke / Chronique EP > Spitting feathers

thom_yorke_spitting_feathers.jpg Avec Radiohead, Thom Yorke, Johnny Greenwood et le reste de la bande d'Oxford avaient déjà l'habitude de sortir différentes versions de leurs maxi et autres singles pour les marchés japonais et australiens. Des versions alternatives donc destinées à des publics réputés comme étant d'inlassables collectionneurs et souvent des "die-hard fans". A l'occasion de son projet semi-solo, Thom Yorke avait accouché avec The eraser d'un album riche, envoûtant, hypnotique et brillant, dont le seul défaut était sans doute alors d'être un peu court. Avec l'EP Spitting feathers destiné au marché nippon, le génial vocaliste de Radiohead corrige le tir et livre cinq B-sides en forme de complément idéal de l'album. Joli coup commercial ou EP avec une véritable raison d'être ? La question mérite d'être posée. Après une ou deux écoutes fascinées, on tenterait de pencher pour la seconde hypothèse. Car si les morceaux présents au tracklisting de The eraser sont autant de pépites de grande classe, elles ont toutes la particularité d'être relativement accessibles. Avec Spitting feathers, on change un peu de registre et on découvre (enfin) les vélléités expérimentales de Thom pour son projet presque solo. Un peu comme sur le dernier EP en date de Radiohead, [Com lag NDLR].
On est ici en territoire éléctro-pop plus aventureux, bruitiste et nihiliste que sur l'album. Un objet plus réservé aux vrais inconditionnels de son travail qu'aux habitués des singles radiophoniques encensés par toute une presse (trop) bien pensante. "The Drunkk machine" qui a la charge d'ouvrir cet EP nous plonge d'entrée dans des circonvolutions pop hors-norme, baignant dans une éléctro glaciale et épileptique. Fascinant mais pas forcément à la portée de l'auditeur lambda. Thom Yorke passe la seconde (piste) et nous offre avec un "A rat's net" un morceau tout aussi étrange et unique que le précédent. Volutes de fumée, vocalises lunaires et embrumées, arrangements déroutants, on est en plein trip psycho-hypnotique et l'anglais s'amuse à nous égarer dans les multiples virages des chemins sineux emprunté par sa musique. A l'occasion de "Jetstream", sorte de maëlstrom éléctro torturé, on passe à l'étape suivante. Ici, on est dans un autre monde, un territoire inconnu, fantasmagorique et ambiancé, où Thom Yorke règne en maître sur un univers musical navigant à vue entre mélancolie mesurée et détresse psychotique. Expérimental. On passera sur la version rallongée du magnifique "Harrowdown hill", single absolu et proposé ici dans une version... donc plus longue que sur l'album (sic) pour mieux s'attarder sur "Iluvya". Sorte de comptine expérimentalo-bruitiste, clinique et malade, ce dernier morceau est à l'image de son compositeur. Etrange mais fascinant, déroutant, insaisissable et personnel, comme si Thom Yorke était un artiste en avance sur son époque. On en reparlera dans quelques années...

Thom Yorke / Chronique LP > The eraser

Thom Yorke : The eraser Neuf titres, neuf pistes composées et interprétées par un Thom Yorke qui a décidé de faire un pas de côté par rapport à l'entité Radiohead sans pour autant complètement revendiquer son indépendance. Au contraire. Comme si naviguer entre deux eaux, à la manière de certains des derniers travaux du groupe était pour lui une manière de mieux s'affirmer. Un pari osé, mais tellement excitant pour un homme, vocaliste de génie, frontman charismatique qui n'a depuis bien longtemps plus grand chose à prouver et peut quasiment tout se permettre. Mais Thom Yorke n'est pas homme à se laisser griser par la facilité et malgré une discographique hors-norme, demeure un artiste inspiré, travailleur et cherchant à se renouveler avec un projet lui permettant de mettre en danger son confort artistique. Et, à l'instar de l'expérimental Bodysong, signé de son compère au sein de Radiohead, Johnny Greenwood, Thom s'est ici fait plaisir. Et dès les premières secondes, les accords de clavier de l'éponyme "The eraser", nous emmènent vers des sphères éléctro-pop instropectives et hypnotiques. Les arrangements sont particulièrement travaillés, fourmillent de détails et autres subtilités éléctroniques, la voix de Thom Yorke vient se poser dessus avec un sentiment d'harmonie absolue, nous transportant par là même dans un autre monde. Mélodies feutrées, inspirations cold-wave, la pop sophistiquée et mêlée d'éléctro doucereuse délivrée par le vocaliste de Radiohead trouve l'un de ses climax dès le second titre de l'album : l'excellentissime "Analyse". Quid d'un minimum d'objectivité ici ?
On pourra dire ce que l'on voudra, Thom accouche avec ce morceau d'une merveilleuse pépite, suave et poétique. Entre intensité mélodique et retenue discrète, on perçoit ci et là un artiste qui ne cherche pas à en imposer, mais plutôt en faire ce que bon lui semble... avec un talent fou. Un clavier évoquant tout naturellement le travail de Sebastien Tellier sur son Sessions, une éléctro chaleureuse mais d'une précision quasi chirurgicale, "The clock" ou "Black swan" révèle la véritable nature de ce qui fait l'essence de The eraser. Entre velleités expérimentales et approche mélodique tout en raffinement, Thom Yorke a composé un album qui apparaît comme le plus pur prolongement des orientations éléctroniques entrevues chez Radiohead. Regorgeant de petites trouvailles éléctro-pop mais également très accessible, The eraser est de ces albums qui parvienent à innover tout en rester incroyablement agréable à écouter. Rythmiques groovy (Black swan), ambiances cotonneuses sur l'obsessionnel "Skid divided", ou étrangeté pop pour le synthétique "Atoms for peace", The eraser ne donne jamais dans le redite (le clinique "And It rained all night"), son auteur semblant être parvenu à se réinventer à chaque nouvelle composition. Et trouve alors le second climax de son album : "Harrowdown hill". Single annoncé de ce premier essai discographique semi-solo, ce titre est un hit absolu.
Epuré et émotionnellement envoûtant, développant mille nuances sans jamais en perdre une seule en route, avec un Thom Yorke au sommet de son art, ce morceau apparaît comme la synthèse idéale de ce qu'est ce projet semi-solo du chanteur de Radiohead. Neuvième et dernier titre de cet album hors-norme, l'halluciné "Cymbal rush", vient boucler la boucle éléctro-pop de The eraser, et mettre une touche finale à une oeuvre remarquable de maîtrise, inspirée et personnelle que Thom a écrite et interprétée avec une élégance confondante. Chapeau-bàs.